Nutriscore : après l’Italie et l’Espagne, les doutes Français

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L’alimentation des Européens ne peut être confiée à un algorithme opaque et trompeur. Lors d’une séance de questions au Sénat français, le ministre français de l’agriculture, J. Denormandie, a confirmé ses réticences à l’égard du Nutriscore, soulignant que son algorithme doit être modifié pour mieux prendre en compte la complexité nutritionnelle des aliments et réadapter le volume de base des portions. Il a également ajouté que la France ne rendra cet outil obligatoire que si cela est décidé au niveau européen, et indiqué partager les doutes déjà exprimés par l’Italie et l’Espagne qui partagent les mêmes valeurs en matière alimentaire. 

Farm Europe ne peut que se féliciter des propos du Ministre français. Après avoir largement consulter la communauté scientifique, il apparaît clairement que, dans sa forme actuelle, l’étiquetage Nutriscore n’est pas un outil de santé publique abouti. L’algorithme sur lequel il s’appuie favorise les aliments plus transformés et ne tient pas compte de l’équilibre alimentaire. Ce sont deux points clefs de santé publique ! Il serait irresponsable de mener une expérimentation à l’échelle du Continent d’un étiquetage amenant les consommateurs à faire des choix risqués pour leur santé. 

Dès lors, Farm Europe suggère la mise en place d’une grille décisionnelle pour aller vers un étiquetage nutritionnel efficace et utile en matière de santé publique. Celle-ci pourrait reposer sur les critères cumulatifs suivants:

Il est véritablement européen : seules des solutions européennes peuvent relever le défi de la malnutrition et lutter contre l’épidémie silencieuse des maladies non transmissibles. Cela signifie que la conception du label doit être commune. Mais le système d’évaluation peut être suffisamment souple pour prendre en compte les sensibilités nationales dans l’approche de l’alimentation (à ce titre, les lignes directrices diététiques nationales déjà existantes doivent être utilisées comme base sur laquelle cet outil peut être construit).   

Il informe, ne juge pas : Un étiquetage nutritionnel doit guider les consommateurs dans leur choix, et non le faire à leur place. Il doit mieux informer, pas désinformer. A ce stade, le Nutriscore affiche l’ambition de prendre une décision à la place des consommateurs en envoyant implicitement le message que certains aliments sont “bons” ou « mauvais”. Les consommateurs bien informés doivent être mis en position d’évaluer par eux-mêmes quels aliments conviennent le mieux à leur régime.  

Il n’utilise pas d’approches réductionnistes : Le Nutriscore simplifie à l’extrême les informations, et incite les consommateurs à ne pas approfondir la composition de l’aliment (liste des ingrédients, calories, sucres, sel, etc.). L’objectif de l’étiquetage nutritionnel doit être de guider les consommateurs vers l’arrière de l’emballage, où ils trouverons des informations plus complètes sur le produit. Les approches réductionnistes créent au contraire une barrière entre le recto et le verso de l’emballage. 

Les portions sont vraisemblables : la quantité évaluée doit représenter les portions probables d’aliments consommés pour avoir une approche plus proche de la réalité, et garder le principe de base de la nutrition qu’un régime équilibré et diversifié est la clef de tout régime sain. Le raisonnement doit être fondé sur la quantité consommée, et non sur une mesure générale de “100 grammes” qui représente rarement la quantité réellement consommée et pousse l’optimisation des produits industriels vers des palliatifs chimiques. 

Il tient compte du degré de transformation des aliments : il est primordial pour la santé publique d’alerter les consommateurs sur les risques associés aux aliments ultra-transformés, étant donné la corrélation scientifiquement prouvée entre le degré de transformation et les maladies non transmissibles. Un étiquetage nutritionnel doit donc tenir compte du niveau de transformation des aliments, en favorisant les moins transformés et en mettant en garde contre les risques pour la santé d’une alimentation riche en aliments ultra-transformés. 

L’EFSA donne son évaluation scientifique

L’éducation fait partie de l’équation : quelle qu’elle soit, l’étiquette d’un produit n’est qu’un outil limité, une “rustine”, tant que la question essentielle des habitudes alimentaires n’est pas abordée. Les maladies liées à l’alimentation sont liées à des déséquilibres plus globaux. Les politiques d’éducation publique, notamment dans les écoles ciblant les jeunes, constituent la véritable solution à la crise sanitaire des maladies non transmissibles en Europe. Des cours sur la nutrition, la cuisine, l’alimentation et le mode de vie doivent être intégrés aux programmes scolaires. Les jeunes étudiants devraient être accompagnés dans le processus d’apprentissage de ce qu’est une alimentation saine et, plus généralement, un mode de vie sain, et le voir appliqué dans les cantines.