Conseil AGRIFISH : soutien à l’initiative italienne sur la clause de sauvegarde pour le riz, à étendre à d’autres secteurs agricoles européens

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Dans un contexte de tensions géopolitiques de plus en plus structurelles — de l’invasion de l’Ukraine par la Russie aux conflits au Moyen-Orient — l’Union européenne est appelée à renforcer ses instruments de défense commerciale afin de protéger ses secteurs productifs stratégiques. Dans ce cadre, les mesures de sauvegarde représentent des outils essentiels pour garantir l’équité et la durabilité du commerce mondial.

Eat Europe et Farm Europe saluent et soutiennent l’initiative proposée au Conseil par l’Italie et soutenue par plusieurs pays de l’UE, visant à rendre l’activation des clauses de sauvegarde plus efficace dans le cadre de la révision du règlement SPG. En vue du vote en séance plénière sur l’accord issu du trilogue à la fin de l’année 2025, il est important que les ministres européens de l’Agriculture tirent la sonnette d’alarme. Comme nous l’avons déjà souligné, malgré l’élément positif d’automaticité — crucial pour garantir des réponses rapides aux perturbations des marchés — sans un ajustement des seuils d’activation, ces mécanismes risquent de ne pas produire les effets escomptés.

Pour cette raison, Eat Europe et Farm Europe ont travaillé activement — en collaboration avec des représentants d’agriculteurs d’autres pays producteurs, à commencer par l’Espagne — à proposer une réduction du seuil d’activation à 20 %, afin de rendre la clause plus conforme aux réalités du marché et plus efficace pour protéger les producteurs européens.

Parallèlement, la situation économique actuelle montre que le riz n’est pas le seul secteur nécessitant des outils de protection renforcés. Plusieurs secteurs agricoles européens font actuellement face à des difficultés croissantes.

Dans cette perspective, une proposition a également été avancée pour étendre l’application des clauses de sauvegarde automatiques à d’autres produits sensibles. Parmi ceux-ci, le secteur du sucre constitue un exemple clair : il traverse une phase particulièrement critique en raison de la pratique du perfectionnement actif, aggravée par l’ouverture de nouveaux contingents à droit nul en provenance de pays tiers, notamment dans la zone Mercosur et en Australie.

Cet exemple démontre clairement que les politiques agricoles, commerciales, énergétiques et industrielles sont désormais profondément interconnectées. C’est pourquoi il devient de plus en plus nécessaire d’adopter une approche transversale des politiques européennes. Nous soutenons l’action du gouvernement italien visant à identifier d’autres produits agricoles et agro-industriels qui, s’ils ne sont pas correctement suivis, pourraient déstabiliser la production et les secteurs européens. Il ne s’agit pas de protéger un seul produit, mais de changer la méthode de travail : anticiper les risques, comprendre les interactions entre politiques et protéger de manière cohérente les intérêts stratégiques de l’Union.

Il est désormais essentiel que la demande formulée au Conseil AGRIFISH soit entendue non seulement par les ministres de l’Agriculture, mais aussi par l’ensemble des ministres de l’UE impliqués dans l’élaboration et la mise en œuvre des accords commerciaux européens. Les décisions en matière de commerce international ont des effets directs sur la durabilité économique des chaînes de valeur agricoles et sur la résilience du système productif européen. Les négociations sur la révision du règlement SPG sont déjà à un stade avancé, et la balle est désormais dans le camp du Parlement européen, qui a une réelle opportunité d’introduire des amendements et de corriger les déséquilibres qui subsistent et que nous avons à plusieurs reprises mis en évidence avant l’adoption finale du texte.

L’Europe ne doit pas se refermer sur elle-même, mais elle doit cesser d’être naïve. Produire pour accroître l’autosuffisance n’est pas du protectionnisme ; c’est de la résilience. Cela signifie reconnaître que le système agricole européen est un bien commun stratégique. Le commerce est essentiel, mais il doit venir compléter la production européenne, et non la remplacer par des matières premières produites dans des contextes qui ne respectent pas notre modèle social et environnemental.

Si nous perdons la capacité de produire en Europe, nous perdons aussi notre liberté politique. Dans le contexte géopolitique actuel — instable et en constante évolution — la souveraineté alimentaire européenne ne peut plus être remise en question.