Plan d’action sur les engrais : urgence de clarifier les ambitions et le soutien concret
Aujourd’hui, la Commission européenne a présenté son très attendu Plan d’action sur les engrais. Farm Europe salue la reconnaissance par la Commission européenne de l’ampleur du défi et de la nécessité d’agir de toute urgence. Toutefois, des éléments pratiques essentiels manquent afin d’envoyer un signal fort aux agriculteurs et à l’industrie, notamment concernant le niveau du soutien d’urgence le plus nécessaire via la réserve de crise, ainsi que des orientations politiques concrètes en amont des révisions du SEQE, en ce qui concerne la trajectoire des quotas gratuits et du MACF appliqués aux engrais.
L’engagement visant à créer des passerelles entre le CRCF et les revenus du SEQE constitue une avancée dans la bonne direction afin de créer un véritable modèle économique pour les réductions d’émissions via des incitations destinées aux agriculteurs, sans que l’agriculture ne soit couverte par le SEQE. Cependant, cet engagement devrait être accompagné de mesures plus fortes à court terme afin de surmonter la crise actuelle.
L’intention de garantir une cohérence politique entre le plan d’action sur les engrais et la future stratégie sur l’élevage constitue également une orientation positive du plan d’action. À cet égard, la volonté de promouvoir le transfert de nutriments des régions d’élevage présentant des excédents structurels vers des régions ayant des besoins en nutriments au sein du marché unique est une avancée positive. La volonté de libérer le potentiel du digestat via une extension du règlement RENURE, de stimuler la production de biométhane, de favoriser les engrais biosourcés et d’ouvrir davantage la voie à l’innovation renforçant la circularité sont également des pas dans la bonne direction.
En termes pratiques, la politique européenne devrait se concentrer sur « l’efficacité », en s’éloignant des réglementations qui découragent la production ou encouragent même les réductions. La possibilité offerte aux États membres de rouvrir leur plan stratégique de la PAC en mettant l’accent sur l’efficacité constitue un signal positif, brouillé toutefois par le mélange entre de nouveaux éco-régimes potentiels et les mesures agro-environnementales, alors qu’il conviendrait au contraire d’encourager la complémentarité entre ces interventions, en clarifiant le périmètre de la révision des plans stratégiques nationaux.
Ces avancées du plan d’action à moyen et long terme doivent être accompagnées de toute urgence par des mesures de soutien à court terme afin d’assurer la continuité des systèmes alimentaires européens face à un choc majeur depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aggravé par le blocage du détroit d’Ormuz. Les agriculteurs européens font face à une situation de plus en plus intenable, déjà visible à travers les pertes de terres agricoles partout en Europe.
Avec des prix des engrais azotés toujours supérieurs de 70 % aux niveaux de 2024 en avril 2026, les agriculteurs européens réduisent déjà les surfaces cultivées et se détournent de certaines cultures, notamment le blé. La réserve agricole d’urgence de la Commission reste indéfinie tant en termes de montant que de critères d’éligibilité. La seule mesure pleinement opérationnelle à court terme — le cadre temporaire d’aides d’État adopté le 29 avril — repose sur les États membres. Cela ne suffit pas. Les agriculteurs doivent savoir dès aujourd’hui sur quel soutien ils pourront compter avant la prochaine saison des semis.