Renforcer le rôle des agriculteurs européens en tant que fournisseurs d’énergie

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Farm Europe appelle la Commission européenne à libérer le potentiel des cultures européennes durables et exemptes de déforestation dans la future Directive sur les énergies renouvelables après 2030

Au cours des vingt-cinq dernières années, l’Union européenne n’a remplacé qu’environ 10 % de l’énergie utilisée dans les transports par des alternatives aux combustibles fossiles. Elle entend désormais réaliser les 90 % restants au cours des vingt-cinq prochaines années, soit un rythme de transition environ douze fois plus rapide que celui observé jusqu’à présent. Invitée par la DG ENER à contribuer aux travaux préparatoires de la future Directive sur les énergies renouvelables (RED) après 2030, Farm Europe estime que cette ambition ne pourra être atteinte sans mobiliser une ressource que l’Union européenne a trop longtemps négligée : ses agriculteurs, en tant que producteurs d’énergie.

« L’Europe n’a pas à choisir entre son ambition climatique, sa sécurité alimentaire et ses agriculteurs », a déclaré Luc Vernet, secrétaire général de Farm Europe. « En revanche, elle doit choisir entre une agriculture vivante et l’abandon des terres en Europe, ainsi qu’entre des cultures européennes durables, exemptes de déforestation, et des importations fortement liées à la déforestation et souvent mal étiquetées. »

Une partie des progrès affichés par l’Union européenne repose en réalité sur des résultats purement statistiques, obtenus grâce à des coefficients multiplicateurs et à des importations frauduleuses. Entre 2017 et 2023, les importations en provenance de Chine de biocarburants dits « avancés » relevant de l’annexe IX ont été multipliées par sept, passant de 400 000 tonnes à près de 3 millions de tonnes, dont une part importante est soupçonnée d’avoir été mal étiquetée. Cette fraude à grande échelle a pénalisé les agriculteurs européens, les bioraffineries ainsi que les investissements, tout en donnant une image faussée des progrès réellement accomplis.

Farm Europe demande donc que le plafond applicable aux cultures destinées à l’alimentation humaine et animale soit relevé progressivement jusqu’à 10 %, au moyen d’une révision ciblée de la RED III puis de la future RED IV, avec un accent clair sur les cultures exemptes de déforestation répondant aux critères de durabilité déjà intégrés dans la Politique agricole commune (PAC). La conditionnalité de la PAC pourrait ainsi constituer un critère positif d’éligibilité.

Au-delà du développement des biocarburants conventionnels et avancés, liquides comme gazeux, un objectif de 10 % permettrait de générer entre 30 et 35 millions de tonnes supplémentaires de coproduits riches en protéines. Cela réduirait la dépendance de l’Union européenne aux importations de produits associés à la déforestation, renforcerait la souveraineté européenne en matière de protéines et fournirait la base industrielle indispensable au déploiement à grande échelle des biocarburants avancés.

Au cours de la dernière décennie, la superficie céréalière de l’Union européenne a diminué d’environ 5 millions d’hectares, tandis que le Centre commun de recherche (JRC) estime qu’environ 20 millions d’hectares sont aujourd’hui menacés d’abandon. Le véritable choix auquel l’Europe est confrontée n’est donc pas entre alimentation et énergie, mais entre des terres productives et leur abandon, au risque d’accroître encore les dépendances de l’Union. Pour atteindre les objectifs européens en matière de climat et de bioéconomie, il sera nécessaire de mobiliser environ 260 millions de tonnes supplémentaires de biomasse agricole d’ici à 2050, soit une augmentation d’environ 25 %, rendue possible grâce à l’innovation et à la remise en production durable de terres aujourd’hui inexploitées.

Farm Europe appelle également à ce que la révision en cours du règlement d’exécution (UE) 2022/996 constitue un véritable outil de lutte contre les fraudes liées à l’annexe IX et permette de définir les cultures intermédiaires d’une manière pertinente pour les agriculteurs européens. Cette définition devrait exclure clairement les zones tropicales et subtropicales de son champ d’application, tant que les conditions agroclimatiques ne permettent pas d’établir une définition cohérente des cultures intermédiaires adaptée aux régions où plusieurs récoltes sont structurellement produites chaque année.

« La question n’est plus de savoir si l’agriculture européenne et les bioraffineries de l’Union peuvent contribuer à la transition », a conclu Luc Vernet. « Elle est désormais de savoir si le cadre réglementaire créera enfin les conditions leur permettant de jouer pleinement ce rôle. »