Stratégie pour l’élevage : Remettons les animaux au cœur de l’Europe !
Farm Europe se félicite de l’adoption aujourd’hui par la Commission européenne d’une stratégie européenne pour l’élevage, qui établit une vision à long terme attendue depuis longtemps et plus que nécessaire.
L’engagement démontré par le Commissaire européen Christophe Hansen mérite d’être salué : cette communication marque un changement majeur d’orientation de la Commission européenne après plusieurs années de messages négatifs. Elle reconnaît que, pour réussir, l’Union européenne doit agir collectivement et que le secteur de l’élevage constitue un acteur clé dans la lutte pour la souveraineté alimentaire, la durabilité et le développement de la bioéconomie.
Tournant résolument le dos aux erreurs de la stratégie « De la ferme à la table » (« Farm to Fork »), elle fixe l’objectif de renforcer le secteur de l’élevage dans toutes les régions de l’Union européenne, à la fois pour répondre aux besoins de vitalité économique et sociale de ces territoires et pour atteindre les objectifs de durabilité qui exigent la mobilisation conjointe de la production, de l’innovation et de l’investissement au sein d’une économie circulaire où la bioéconomie sera la clé du succès.
Farm Europe accueille très favorablement la reconnaissance explicite de la nécessité d’inverser la tendance actuelle à la décapitalisation du cheptel et de restaurer la rentabilité afin de garantir la compétitivité de la chaîne de valeur de l’élevage européen, avec un accent clair mis sur le renforcement de la production grâce à l’investissement et à l’innovation.
Les cinq piliers de cette stratégie – résilience, compétitivité, durabilité, diversité et excellence – définissent les conditions d’un nouveau pacte entre les éleveurs et l’Union européenne. Ils fournissent le cadre nécessaire au réalignement de l’action européenne et à sa mise en œuvre dans les États membres, ainsi qu’à la relation avec les consommateurs et les différents maillons de la chaîne de valeur.
Cette stratégie doit désormais devenir le principe directeur de l’Union européenne en matière d’élevage, dans toute sa diversité, en mobilisant pleinement les outils de gestion des risques et des crises (qu’ils soient économiques ou sanitaires), en investissant massivement dans la génétique, la numérisation, l’eau, la réduction des dépendances (notamment en protéines et en engrais), l’économie circulaire et la bioéconomie, la création de valeur région par région, ainsi que dans une meilleure reconnaissance de l’excellence des viandes européennes, permettant un meilleur retour de valeur aux agriculteurs pour la qualité recherchée et rémunérée par les consommateurs.
Si l’efficacité d’une telle stratégie sera jugée à l’aune de sa mise en œuvre concrète, sa valeur est incontestable. Elle marque le début d’un renouveau pour l’élevage européen.
La Commission doit également s’inspirer de cette approche pour le secteur européen des céréales afin que l’Union européenne puisse retrouver son statut de leader mondial, affaibli au cours de la dernière décennie.
Contexte
La stratégie repose sur cinq piliers : résilience, compétitivité, durabilité, diversité et excellence.
1) RÉSILIENCE
La Commission souligne l’importance d’une stratégie cohérente de gestion des risques et des crises dans le secteur, fondée sur le mécanisme européen (« EU Facility ») et couvrant les multiples risques et chocs auxquels le secteur est confronté, y compris les menaces sanitaires.
Une autre priorité consiste à renforcer la prévention et la réponse face aux maladies. L’objectif est d’améliorer la catégorisation actuelle des maladies, de mieux harmoniser leur contrôle à l’échelle de l’UE, de renforcer la vaccination préventive et de développer davantage les approches de régionalisation et de compartimentation. À cet égard, le mécanisme européen pourrait être mobilisé pour la prévention, la surveillance ainsi que le contrôle et l’éradication.
Il est également essentiel d’investir davantage dans l’adaptation au changement climatique, son atténuation et l’innovation, notamment à travers le développement de la numérisation, de la gestion de l’eau et de la génétique. Des efforts supplémentaires en matière de recherche et d’innovation, notamment via Horizon Europe et le Fonds européen pour la compétitivité (ECF), seront indispensables, tout comme la réduction des dépendances stratégiques et le renforcement de la circularité, en particulier dans les domaines des protéines et des engrais.
2) COMPÉTITIVITÉ
L’objectif principal de ce deuxième pilier est de combler le déficit d’investissement, notamment grâce à l’innovation et à la numérisation, en s’appuyant sur la future PAC et le Fonds européen pour la compétitivité.
Afin d’accroître la sécurité juridique, la Commission a présenté fin 2025 une proposition visant à accélérer les procédures d’octroi des permis ainsi qu’une proposition visant à accélérer les évaluations environnementales. De nouveaux tests de résistance des directives relatives à la nature et à l’eau permettront d’envisager d’autres mesures.
La durabilité est justement reconnue comme un moteur de compétitivité grâce à davantage de circularité, de réciprocité et à un renforcement des contrôles sur les importations. Farm Europe se félicite de la reconnaissance du fait que les importations de produits fabriqués selon des normes inférieures placent non seulement les producteurs européens dans une situation de désavantage concurrentiel, mais risquent également de déplacer, plutôt que de réduire, les émissions mondiales.
Nous saluons également l’accent mis sur des contingents tarifaires correctement calibrés, avec des volumes adaptés aux conditions du marché européen, ainsi que sur l’inclusion de clauses de sauvegarde automatiques dans certains accords commerciaux afin d’apporter une protection supplémentaire aux producteurs européens.
L’agenda de simplification se poursuivra par la révision des règles d’hygiène, des réglementations relatives aux abattoirs ainsi que par un cadre plus favorable à l’innovation concernant les additifs pour l’alimentation animale. La révision du règlement relatif aux sous-produits animaux est également confirmée.
3) DURABILITÉ
La question la plus sensible sur le plan politique demeure le suivi donné par la Commission européenne à l’initiative citoyenne européenne « End the Cage Age » (« Pour une Europe sans cages »).
D’ici la fin de l’année 2026, la Commission entend présenter une révision ciblée de la législation sur le bien-être animal concernant les poules pondeuses et les poulets de chair, avec un accent sur la suppression progressive des cages, l’utilisation d’indicateurs pratiques de bien-être en élevage, la fin de la mise à mort systématique des poussins mâles et l’application d’exigences équivalentes aux importations.
Une deuxième proposition, attendue au deuxième trimestre 2027, portera sur le bien-être des porcs, y compris la transition des systèmes de contention individuelle vers des systèmes en groupe.
Concernant le climat, la stratégie confirme plusieurs initiatives visant à mieux reconnaître et rémunérer les efforts d’atténuation réalisés par l’agriculture. Celles-ci incluent le développement d’indicateurs européens reflétant mieux les spécificités des cycles biogéniques du carbone ainsi que la mise en place du cadre « EU Compass » destiné à encourager les performances environnementales.
L’évaluation prochaine de la directive Nitrates sera suivie d’un travail avec les États membres afin d’identifier les meilleures pratiques et les possibilités de simplification en matière de gestion des nutriments, notamment concernant les règles de fertilisation, les obligations d’enregistrement et le soutien aux petites exploitations.
La Commission évalue également une éventuelle extension du cadre RENURE à certains digestats liquides issus des effluents d’élevage, sous réserve de garanties environnementales appropriées. Une première évaluation est attendue au deuxième trimestre 2026.
Enfin, conformément au plan d’action sur les engrais, la stratégie reconnaît la diversité des systèmes agricoles, encourage les transferts de nutriments entre régions excédentaires et déficitaires et souligne davantage le rôle croissant des agriculteurs en tant que producteurs à la fois d’aliments et d’énergie.
4) DIVERSITÉ
La stratégie reconnaît à juste titre le risque croissant d’abandon des terres et annonce des travaux dans le cadre de l’Observatoire européen des terres afin de mieux répondre à ce défi.
Elle comprend également une feuille de route sur les abattoirs, couvrant aussi bien les installations fixes que mobiles, afin de soutenir la production locale d’élevage.
Par ailleurs, elle reconnaît le rôle important des aides aux zones défavorisées ainsi que des paiements couplés pour maintenir l’activité agricole dans les régions confrontées à des contraintes structurelles.
5) EXCELLENCE
Nous saluons la reconnaissance par la stratégie du fait que la qualité ne doit pas être considérée comme l’apanage de segments de marché spécifiques. Elle reconnaît au contraire que la qualité est pertinente dans tous les segments du marché et que tous les modèles de production contribuent au modèle européen de production.
Cette approche se reflète dans l’engagement visant à mieux rémunérer la qualité tout au long de la chaîne de valeur. En particulier, la stratégie annonce des travaux visant à renforcer les normes de commercialisation, à étendre l’utilisation des mentions de qualité facultatives pour promouvoir l’excellence européenne et à développer des initiatives permettant de mieux valoriser la qualité des viandes, notamment grâce à des systèmes innovants de classification des carcasses.
Nous soutenons également l’importance accordée au renforcement du lien entre la production européenne d’élevage et son ancrage territorial, notamment au travers d’initiatives spécifiques de communication et de promotion.
Enfin, la stratégie prévoit de renforcer les systèmes européens de qualité, y compris les indications géographiques (IG) et l’agriculture biologique, grâce à une révision des plans d’action concernés.