Plan Protéines : la Commission européenne reconnaît le rôle stratégique des biocarburants européens issus des cultures
L’adoption aujourd’hui par la Commission européenne du Plan européen pour les protéines, un plan visant à renforcer la résilience, l’autonomie stratégique et la durabilité du système protéique de l’Union européenne, adopté conjointement avec la Stratégie européenne pour l’élevage, constitue une avancée positive. Farm Europe se félicite tout particulièrement de la reconnaissance, longtemps attendue, par la Commission européenne du rôle des biocarburants « Made in Europe » comme levier stratégique majeur tant pour les protéines que pour l’énergie, deux chaînes de valeur étroitement interconnectées.
Le plan marque une reconnaissance attendue de longue date du fait que la dépendance de l’Union aux importations d’aliments riches en protéines ne constitue pas seulement un enjeu agricole, mais également une vulnérabilité stratégique. En 2025, seuls 25,8 % des protéines issues des oléagineux et des cultures protéiques utilisées dans l’alimentation animale au sein de l’UE provenaient de la production européenne, exposant ainsi les chaînes d’approvisionnement aux chocs géopolitiques et aux fluctuations des marchés. Dans ce contexte, le plan fixe comme référence un objectif de 35 % d’aliments riches en protéines produits dans l’UE d’ici 2035. Il s’articule autour de trois piliers : développer une offre durable de protéines produites dans l’Union, renforcer la résilience, la compétitivité et la préparation de l’ensemble du système protéique européen, et consolider les chaînes de valeur en stimulant la demande ainsi qu’en favorisant les solutions locales et les circuits courts.
L’approche qui sous-tend ce plan mérite également d’être saluée : une approche fondée sur les incitations, offrant aux agriculteurs des perspectives économiques viables pour produire des protéines en Europe. Toutefois, des propositions concrètes devront être présentées afin de réellement stimuler les chaînes de valeur à forte valeur ajoutée dans le domaine des protéines, ainsi que de développer un véritable modèle économique pour l’agriculture carbone.
Dans ce contexte, Farm Europe souligne que le plafonnement de l’utilisation des cultures alimentaires et fourragères européennes pour la production de biocarburants limite la capacité à développer des chaînes de valeur à double finalité – alimentaire et non alimentaire. Porter la part des biocarburants produits localement à 10 % offrirait non seulement de nouvelles opportunités de marché aux agriculteurs, mais permettrait également de réduire les émissions du secteur des transports de plus de 80 millions de tonnes par an, tout en produisant 50 millions de tonnes de coproduits protéiques à forte valeur ajoutée, couvrant ainsi 75 % des besoins européens en protéines pures (contre 25 % aujourd’hui).
Contexte
Une stratégie protéique attendue de longue date, ouvrant la voie à une nouvelle dynamique d’investissements
1) DÉVELOPPER L’OFFRE EUROPÉENNE EN PROTÉINES
Le plan place les incitations aux agriculteurs au cœur de la transition. Il encourage les États membres à mobiliser les aides couplées au revenu, les mesures agroenvironnementales et climatiques ainsi que les nouveaux paiements de transition proposés dans le cadre de la future PAC, conçus comme des instruments de réduction des risques couvrant les coûts d’investissement et d’adaptation liés à l’introduction des cultures protéiques dans les rotations. Farm Europe salue également la création d’un secteur spécifique dédié aux cultures protéiques dans la PAC après 2027, avec la reconnaissance obligatoire des organisations de producteurs et des organisations interprofessionnelles, ainsi que des interventions sectorielles soutenant les investissements, l’innovation, la commercialisation, le stockage et la gestion des risques. Plus de 190 millions d’euros ayant déjà été investis dans la recherche et l’innovation sur les cultures protéiques, un renforcement du transfert de connaissances et des services de conseil sera essentiel pour transformer ces investissements en résultats concrets sur le terrain.
L’accent mis sur les légumineuses dans les rotations, qui réduisent les besoins en engrais et les émissions de gaz à effet de serre grâce à la fixation de l’azote, garantit la cohérence avec le Plan d’action sur les engrais. Il est tout aussi positif que le rôle des prairies soit reconnu, celles-ci contribuant au stockage du carbone, à la réduction de la dépendance aux aliments importés et à la lutte contre l’abandon des terres, qui constitue un risque structurel croissant pour l’agriculture européenne. L’élaboration d’une méthodologie de certification dans le cadre du règlement sur les absorptions de carbone et l’agriculture carbone (CRCF), couvrant les pratiques permettant de réduire les émissions de N₂O grâce à l’utilisation de légumineuses, devrait enfin ouvrir l’accès aux incitations carbone pour les producteurs de cultures protéiques.
2) ÉCONOMIE CIRCULAIRE ET BIOCARBURANTS
Le plan reconnaît que les coproduits issus de la transformation des cultures représentent environ 34 % des apports protéiques du cheptel européen, et que les seuls coproduits issus des usages énergétiques européens représentent 47,2 % de l’ensemble des tourteaux d’oléagineux utilisés dans l’Union. Il s’agit d’une reconnaissance décisive d’une réalité que Farm Europe met en avant depuis longtemps : la production européenne de biocarburants et l’autonomie protéique vont de pair, puisque la transformation des oléagineux produits dans l’Union fournit simultanément une énergie d’origine européenne et des protéines de haute qualité pour l’alimentation animale, au sein de bioraffineries intégrées implantées dans les territoires ruraux.
La révision de la directive sur les énergies renouvelables devra évaluer les moyens d’accroître la production de biocarburants durables d’origine européenne, de cultures protéiques et de matières premières agricoles. Farm Europe appelle la Commission à traduire cet engagement dans un cadre stable et ambitieux pour l’après-2030 en faveur des biocarburants issus des cultures et des bioraffineries intégrées, qui demeurent le levier le plus immédiat pour réduire simultanément les dépendances européennes en matière de protéines et d’énergie. Le futur paquet législatif « omnibus » consacré à l’énergie devrait également être l’occasion de renforcer le potentiel de ces chaînes de valeur sans attendre 2030.
3) RÉSILIENCE DES CHAÎNES D’APPROVISIONNEMENT : PRODUIRE D’ABORD, DIVERSIFIER ENSUITE
Le constat lucide du plan concernant la dépendance quasi totale de l’Union aux importations de vitamines et d’acides aminés, fortement concentrées en Asie de l’Est, appelle une réponse rapide. L’étude annoncée sur ces dépendances, l’exploration des possibilités offertes par le futur Fonds européen pour la compétitivité afin de soutenir les capacités européennes de production d’additifs pour l’alimentation animale, la poursuite de la simplification des règles applicables aux additifs dans le cadre du paquet « Food and Feed Omnibus », ainsi que l’attention accordée à la transparence des marchés, au stockage stratégique et aux achats conjoints dans le cadre du mécanisme européen de préparation et de réponse aux crises de sécurité alimentaire, vont dans la bonne direction.
En matière commerciale, le plan indique clairement que l’objectif n’est pas de remplacer une dépendance par une autre, mais de réduire la dépendance globale tout en diversifiant les sources d’approvisionnement. Cette logique doit se traduire par une hiérarchie claire : la production européenne d’abord, la diversification ensuite. L’Ukraine est identifiée comme principal partenaire pour cette diversification, ayant doublé sa production de cultures riches en protéines ces dernières années. À l’inverse, renforcer la dépendance vis-à-vis des fournisseurs du Mercosur ne saurait constituer une réponse à une vulnérabilité stratégique que le plan lui-même reconnaît.
Nous saluons également l’engagement visant à mieux aligner les normes de production applicables aux produits importés, conformément au principe de réciprocité, ainsi que la reconnaissance par le plan du fait que l’Union européenne figure parmi les producteurs mondiaux les plus performants de protéines animales en matière d’émissions de gaz à effet de serre par unité produite. Une réduction de la production animale européenne entraînerait essentiellement un transfert de la consommation, et donc des émissions, vers des importations plus intensives en carbone.
4) STIMULER LA DEMANDE ET PRÉFÉRENCE EUROPÉENNE
Du côté de la demande, le plan prévoit le recours à l’étiquetage de l’origine via les normes de commercialisation applicables aux cultures protéiques, l’intégration des légumineuses dans la future campagne « Buy European », des marchés publics fondés sur une approche du « meilleur rapport qualité-prix » valorisant les efforts en matière de qualité et de durabilité, ainsi que des actions éducatives dans le cadre du programme européen de distribution de denrées alimentaires dans les écoles. Farm Europe se félicite tout particulièrement de l’émergence d’une véritable dimension de préférence européenne, dont l’absence avait été regrettée dans la Stratégie pour l’élevage. L’engagement de développer des labels volontaires ou des mentions de qualité facultatives certifiant que les produits d’origine animale sont élaborés exclusivement à partir d’aliments pour animaux d’origine européenne, nationale, régionale ou locale contribuera également à mieux valoriser les filières d’alimentation animale locales.
5) GOUVERNANCE ET MOYENS
La crédibilité du plan dépendra en définitive de sa mise en œuvre. L’objectif de 35 % constitue un repère plutôt qu’un objectif juridiquement contraignant, et le plan n’est pas accompagné d’un programme budgétaire spécifique. Il repose sur la mobilisation des instruments existants et futurs, notamment la PAC après 2027, les Plans nationaux et régionaux de partenariat et le Fonds européen pour la compétitivité, complétés par des partenariats public-privé avec les institutions financières. Les progrès seront suivis au moyen de dialogues annuels sur les protéines avec les États membres ainsi que par l’observatoire des marchés des céréales, des oléagineux et des cultures protéiques. Farm Europe regrette que le niveau d’ambition affiché ne s’accompagne pas de mécanismes de mise en œuvre tout aussi solides, et appelle les États membres à utiliser pleinement les outils disponibles, ainsi que la Commission à veiller à ce que ces dialogues sur les protéines se traduisent par des progrès mesurables sur le terrain. Les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel constitueront le premier véritable test de cette ambition collective.