Fonds européen pour la compétitivité : l’agriculture et la sécurité alimentaire reléguées au second plan face à la priorité accordée aux dépenses de défense
Farm Europe et Eat Europe appellent le Parlement européen à veiller à ce que l’importance stratégique de l’agriculture se reflète dans le budget du Fonds européen pour la compétitivité.
Farm Europe et Eat Europe expriment leur profonde inquiétude face aux ressources limitées proposées – et toujours en discussion – par la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie du Parlement européen (ITRE) pour l’agriculture et le secteur agroalimentaire dans le cadre du rapport proposé sur le Fonds européen pour la compétitivité (FEC). Les deux organisations mettent en garde contre un déséquilibre budgétaire qui risque de compromettre la compétitivité de l’Union européenne, sa sécurité alimentaire et son autonomie stratégique.
« Reconnaître l’agriculture comme un secteur stratégique sur le papier ne suffit pas. Des possibilités de financement dédiées doivent être accessibles au titre de l’ensemble des priorités pertinentes du FEC, afin de permettre aux agriculteurs ainsi qu’à l’ensemble des filières agroalimentaires et de la bioéconomie d’investir dans l’innovation, les technologies numériques, l’énergie propre, la gestion durable de l’eau, les capacités de stockage stratégique et les infrastructures nécessaires pour faire face aux chocs climatiques et géopolitiques », a déclaré Yves Madre, président de Farm Europe.
Alors que le Fonds européen pour la compétitivité vise à renforcer les capacités industrielles, la résilience et la compétitivité mondiale de l’Europe, certains s’emploient à limiter l’accès de l’agriculture à ce fonds à seulement 3 milliards d’euros de financement dédié, auxquels s’ajoutent 5 milliards d’euros alloués à un volet politique plus large couvrant la « santé, les biotechnologies, l’agriculture et la transition durable ». Ces montants contrastent fortement avec les plus de 60 milliards d’euros prévus pour la défense et les priorités industrielles connexes.
Pour Farm Europe et Eat Europe, ce déséquilibre soulève des questions fondamentales quant aux priorités qui sous-tendent le programme européen en matière de compétitivité.
« Il est inacceptable que, dans le cadre d’un fonds conçu pour relancer la compétitivité européenne et définir les priorités stratégiques de demain, l’agriculture se voie attribuer à peine 3 milliards d’euros, tandis que le volet politique plus large associant santé, biotechnologies, agriculture et transition durable ne reçoive que 5 milliards d’euros. Plus préoccupant encore, le lien entre l’agriculture, l’alimentation et la santé des citoyens ne bénéficie pas d’une reconnaissance financière à la hauteur de son importance », a commenté Luigi Scordamaglia, président d’Eat Europe. « Nous sommes déçus, mais malheureusement pas surpris, compte tenu de la position déjà adoptée par la présidente de la Commission européenne. »
Les organisations soulignent également les signaux politiques émanant des plus hautes instances des institutions européennes. Dans son discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a accordé une place considérable aux priorités militaires et de défense (32 mentions explicites), tandis que l’agriculture et le lien fondamental entre l’alimentation et la santé des citoyens ont reçu une attention bien moindre.
La paix et la sécurité commencent par l’alimentation. Elles doivent se mesurer à la capacité de l’Europe à fournir aux citoyens une alimentation de qualité, sûre et abordable, ainsi qu’à celle de l’Union européenne à disposer de filières européennes solides de bioéconomie, sans lesquelles la notion de souveraineté européenne perd tout son sens.
Un secteur agricole incapable d’investir dans la résilience hydrique, le stockage stratégique, la numérisation et l’innovation ne peut garantir le niveau de résilience et d’autonomie stratégique dont l’Europe a besoin. La sécurité alimentaire n’est pas un objectif secondaire : elle constitue un pilier fondamental de la sécurité européenne. Une bioéconomie européenne souveraine est l’un des piliers de la puissance économique de l’Union de demain.
Farm Europe et Eat Europe appellent donc le Parlement européen, et en particulier la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE), à défendre les recommandations de la commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI) et à veiller à ce que la position finale sur le Fonds européen pour la compétitivité reflète la véritable importance stratégique de l’agriculture et de l’alimentation.
L’Europe ne peut construire une compétitivité durable, renforcer sa résilience ni garantir la paix tout en sous-investissant dans le secteur qui nourrit ses citoyens. La sécurité alimentaire doit être considérée comme un investissement stratégique dans l’avenir de l’Europe, et non comme une préoccupation budgétaire marginale.