Biotech Act : l’Europe doit se concentrer sur les besoins réels, et non sur l’engouement pour les biotechnologies

Dans une lettre adressée aujourd’hui au vice-président exécutif Stéphane Séjourné en amont du futur Biotech Act II, ainsi qu’aux membres de la Commission de la santé publique du Parlement européen à la suite de la publication du projet de rapport sur le Biotech Act I, Eat Europe et Farm Europe ont salué l’ambition de la Commission européenne de renforcer le secteur européen des biotechnologies, tout en appelant les décideurs politiques à concentrer leur soutien sur les applications susceptibles d’apporter des bénéfices concrets à la société, à l’environnement et à l’économie européenne.

Les deux organisations expriment leur ferme soutien à l’ambition du Biotech Act II de développer en particulier les chaînes de valeur biosourcées, qui peuvent contribuer à l’autonomie stratégique de l’Europe, à sa compétitivité industrielle, aux objectifs de l’économie circulaire et à la réduction de la dépendance aux ressources fossiles.

La lettre souligne la nécessité d’une stratégie européenne plus forte et plus cohérente pour les industries biosourcées, notant que, si certains États membres encouragent activement les solutions biosourcées, les cadres réglementaires et les incitations de marché demeurent fragmentés et placent souvent ces innovations dans une situation défavorable par rapport aux alternatives déjà établies.

Concernant les nouveaux aliments et les aliments produits grâce à des procédés biotechnologiques avancés, notamment la fermentation de précision et la production cellulaire, tant dans le cadre des négociations en cours sur le Biotech Act I que de la future proposition relative au Biotech Act II, les deux organisations appellent à une approche prudente et fondée sur la science.

« Le débat sur les biotechnologies est de plus en plus alimenté par des promesses plutôt que par des résultats démontrés. L’Europe devrait se concentrer sur des besoins réels et immédiats, plutôt que de se laisser guider par l’engouement autour des biotechnologies. Les biotechnologies industrielles peuvent déjà contribuer à réduire notre dépendance aux ressources d’origine fossile et soutenir la transition vers une économie plus durable. À l’inverse, nombre des affirmations associées aux nouvelles technologies alimentaires ne reposent pas sur une validation scientifique solide et ne justifient ni financement public ni traitement réglementaire préférentiel. Les applications biotechnologiques dans le secteur des nouveaux aliments devraient donc être soumises à des normes d’évaluation particulièrement strictes, comparables à celles appliquées dans le secteur pharmaceutique », a déclaré Luigi Scordamaglia, Président d’Eat Europe.

Alors que certaines tentatives visant à intégrer les notions de « nouveaux aliments » et d’« aliments innovants » dans les discussions du Parlement européen sur le Biotech Act I sont malheureusement et de manière inappropriée en cours, Eat Europe et Farm Europe soulignent que les données actuellement disponibles concernant les impacts à long terme sur la santé et les performances environnementales des technologies de fermentation de précision et des aliments cultivés demeurent incomplètes et soulèvent de sérieuses interrogations. Les évaluations actuelles de durabilité reposent souvent sur des hypothèses relatives à une future montée en échelle industrielle, à la consommation énergétique, aux impacts sur l’environnement et sur les systèmes de production, qui restent encore à démontrer pleinement.

Pour cette raison, les organisations estiment qu’il serait prématuré de mettre en place des dispositifs de soutien public ou des mesures spécifiques d’aides d’État en faveur de ces technologies alimentaires en l’absence de preuves scientifiques solides, indépendantes et transparentes confirmant les bénéfices revendiqués.

La lettre souligne également l’importance stratégique de l’agriculture européenne pour garantir la sécurité alimentaire et la résilience.

Eat Europe et Farm Europe appellent donc la Commission européenne à veiller à ce que le Biotech Act II repose sur des principes clairs de durabilité, de sécurité, de rigueur scientifique et de responsabilité technologique, tout en préservant les normes élevées de l’Europe en matière de protection de la santé humaine, de l’environnement et des consommateurs.

« La sécurité alimentaire ne peut être réduite à la capacité industrielle de fabriquer des ingrédients dans des installations technologiques. La souveraineté alimentaire européenne s’est construite sur un secteur agricole productif ancré dans les communautés rurales à travers tout le continent. Les agriculteurs doivent rester au cœur du système alimentaire européen.

L’Europe peut et doit devenir un leader mondial dans le domaine des biotechnologies. Mais le leadership ne consiste pas à suivre chaque tendance technologique. Il consiste à orienter l’innovation là où elle apporte une réelle valeur ajoutée pour l’intérêt général, des bénéfices environnementaux mesurables et une plus grande autonomie stratégique », a conclu Yves Madre, Président de Farm Europe.

Étiquetage du bien-être animal en Allemagne : un défi pour le marché unique

Farm Europe et Eat Europe expriment leurs vives préoccupations concernant le projet de troisième modification de la loi allemande sur l’étiquetage de l’élevage animal – récemment notifié à la Commission européenne – qui introduit un système de classification obligatoire ayant des implications importantes pour le commerce intra-européen et international.

Si l’objectif d’améliorer la transparence pour les consommateurs est partagé, le cadre proposé risque de devenir une barrière technique au commerce en étendant les obligations de conformité aux importateurs de viande porcine et de produits transformés à base de viande. Cette extension va au-delà des normes minimales existantes de l’UE, qui figurent déjà parmi les plus strictes au monde en matière de bien-être animal.

En particulier, les exigences d’étiquetage obligatoire pour les produits importés introduisent une complexité opérationnelle supplémentaire et risquent d’entraver les flux commerciaux, sans apporter de valeur ajoutée significative en matière de bien-être animal, déjà garanti par une législation européenne robuste et des systèmes de contrôle établis.

L’approche proposée risque également de fragiliser le travail de millions d’éleveurs européens, qui opèrent déjà selon des normes très élevées de bien-être animal, de sécurité alimentaire et de durabilité environnementale. L’introduction de systèmes de classification susceptibles de pénaliser automatiquement certains modes de production, indépendamment des améliorations réellement mises en œuvre dans les exploitations au fil du temps, pourrait créer des distorsions de marché et induire les consommateurs en erreur.

Le secteur réitère la nécessité d’une approche pleinement harmonisée au niveau de l’UE, afin d’éviter la fragmentation réglementaire entre les États membres et de garantir des conditions de concurrence équitables au sein du marché unique.

Dans ce contexte, de fortes attentes sont placées dans la future stratégie européenne pour l’élevage, qui devrait fournir un cadre cohérent et tourné vers l’avenir, reconnaissant le rôle stratégique de l’élevage européen, l’importance des protéines animales dans des régimes alimentaires équilibrés, ainsi que la nécessité d’investir dans l’innovation, la numérisation et la compétitivité.

Seules des politiques coordonnées au niveau de l’UE permettront de soutenir la productivité, de renforcer la résilience des zones rurales et de préserver la diversité agricole européenne, en évitant un déclin structurel susceptible d’avoir des conséquences économiques, sociales et environnementales importantes.

Par conséquent, Farm Europe et Eat Europe appellent la Commission européenne à engager un travail constructif dans le cadre des normes de commercialisation afin d’encourager et de mieux structurer les stratégies de segmentation destinées à répondre à des attentes spécifiques des consommateurs.

NGT : feu vert final du Parlement européen

Farm Europe et Eat Europe saluent le vote intervenu aujourd’hui au Parlement européen, qui a adopté en deuxième lecture la position du Conseil en première lecture sur les nouvelles techniques génomiques (NGT). Cette étape rapproche ce règlement tant attendu de son adoption définitive. Après de longues négociations, les agriculteurs européens disposeront enfin des outils dont ils ont urgemment besoin pour renforcer la résilience, la compétitivité et la durabilité du secteur agricole.

Cette journée marque une étape importante pour l’agriculture européenne. Les NGT sont plus que jamais nécessaires et les agriculteurs sont prêts à exploiter pleinement leur potentiel. Ce vote démontre que le Parlement européen a choisi la science plutôt que l’idéologie. Il apporte ainsi aux agriculteurs la certitude qu’ils attendaient depuis longtemps.

En confirmant le compromis obtenu lors des négociations en trilogue, le Parlement européen a envoyé un signal fort de son engagement en faveur d’un soutien responsable à la durabilité et à la compétitivité des exploitations agricoles de l’Union européenne. Le règlement établit un cadre réglementaire clair, permettant enfin le déploiement concret de l’innovation. Ces innovations sont devenues essentielles pour répondre aux défis posés par le changement climatique, à la pression croissante des ravageurs et des maladies, à la résilience hydrique ainsi qu’à la réduction du nombre de produits de protection des cultures disponibles.

L’accord offre une opportunité indispensable tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs. Il soutiendra la transition vers une intensification durable de la production. Il permettra à l’agriculture européenne de produire davantage et mieux, tout en jetant les bases d’une économie résiliente et de plus en plus neutre en carbone, dans laquelle l’agriculture fait partie de la solution.

Si l’accord constitue nécessairement un compromis, il représente néanmoins une lumière au bout du tunnel après des années durant lesquelles les agriculteurs européens ont été contraints par des choix politiques qui ont trop souvent placé l’idéologie avant les données scientifiques et les faits.

Farm Europe et Eat Europe appellent désormais la Commission européenne et les États membres à garantir une mise en œuvre rapide et efficace du règlement, afin que les bénéfices de ces innovations parviennent sans délai aux agriculteurs et aux consommateurs sur le terrain. Le travail ne s’arrête pas avec le vote d’aujourd’hui : des règles d’application claires, prévisibles et pragmatiques seront essentielles pour concrétiser les promesses de ce cadre réglementaire et maintenir la compétitivité de l’agriculture européenne sur les marchés mondiaux.

Approche générale partielle du Conseil sur les PRNP et le FEC : il reste encore un long chemin à parcourir

Farm Europe prend acte de l’adoption aujourd’hui par le Conseil d’une approche générale partielle sur les propositions législatives relatives aux Plans nationaux et régionaux de partenariat (PRNP) et au Fonds européen pour la compétitivité (FEC). Des travaux supplémentaires devront être menés et approfondis afin de soutenir pleinement les agriculteurs européens dans leur transition vers des systèmes alimentaires plus efficaces, résilients et rentables, et de garantir que l’Union européenne atteigne ses objectifs en matière de souveraineté.

À la suite de leur approbation par le Coreper le 14 juin, les ministres sont parvenus à un accord sur les principaux éléments de ces propositions. Cela constitue une étape majeure dans les négociations relatives au cadre financier pluriannuel (CFP) post-2027, en arrêtant la position du Conseil sur certains éléments clés tout en permettant la poursuite des travaux sur d’autres aspects. Les éléments budgétaires et les autres questions liées au CFP seront traités dans le cadre des négociations globales sur le paquet.

Concernant le règlement relatif aux Plans nationaux et régionaux de partenariat (PRNP), Farm Europe reconnaît les progrès réalisés tout en soulignant que plusieurs questions cruciales restent en suspens. L’approche générale partielle du Conseil maintient la PAC comme un chapitre des futurs Plans nationaux et régionaux de partenariat, plutôt que comme une politique autonome, ce qui soulève d’importantes interrogations quant à la gouvernance et à la visibilité à long terme de la PAC.

Si le Conseil a conservé la liste des mesures de la PAC dans le règlement PRNP, l’approche actuelle ne réintroduit pas de mesure environnementale et de production financée intégralement par le budget de la PAC. Toutes les mesures environnementales demeurent soumises à des exigences de cofinancement. Farm Europe considère qu’une telle mesure entièrement financée par la PAC est nécessaire afin de garantir la crédibilité financière et une mise en œuvre équilibrée de la politique dans l’ensemble des États membres.

Par ailleurs, l’application du principe de « ne pas causer de préjudice important » (« Do No Significant Harm ») à la PAC demeure inadaptée aux réalités de l’agriculture. Cette question devrait être traitée dans le cadre spécifique de la PAC, conformément au principe selon lequel la législation sectorielle doit prévaloir sur les règles horizontales.

En outre, Farm Europe regrette que le Conseil n’ait pas encore mis en place, au sein de la Facilité européenne de gestion des crises, un instrument spécifique de réassurance agricole, malgré les appels répétés des ministres de l’Agriculture, du commissaire Hansen et de nombreux députés européens.

Enfin, la dérogation transitoire prévue pour 2028 reflète la complexité considérable que représentera l’élaboration et l’approbation des nouveaux Plans nationaux et régionaux de partenariat. Elle met en lumière l’incohérence que représente la fusion de différents fonds et de leurs politiques associées, ainsi que la nécessité de disposer de plans PAC distincts. Les discussions sur l’élargissement de l’Union rendent également souhaitable une révision autonome du cadre de la PAC, indépendante de l’évolution d’autres réglementations.

S’agissant du Fonds européen pour la compétitivité (FEC), Farm Europe considère que ce fonds devrait constituer une source essentielle de financement complémentaire à la Politique agricole commune (PAC), afin de soutenir la transition vers des systèmes alimentaires plus efficaces et plus résilients. Pour atteindre cet objectif, les enveloppes dédiées au sein du Fonds doivent être contraignantes, transparentes, prévisibles et réellement accessibles aux secteurs agricoles.

Les précisions introduites par l’approche générale partielle du Conseil afin d’adopter une perspective plus large des systèmes alimentaires sont bienvenues. Bien que ces ajouts représentent une avancée positive, plusieurs éléments essentiels demeurent absents. Comme l’a souligné le rapporteur du Parlement européen, Carlo Fidanza, le Fonds pour la compétitivité devrait être un instrument clé pour financer des projets d’intérêt européen de grande envergure dépassant les capacités des États membres pris individuellement. Ces investissements sont considérés comme indispensables pour renforcer la résilience du système agroalimentaire de l’Union, notamment face à l’intensification des pressions climatiques, économiques et géopolitiques.

Dans un contexte de montée de l’instabilité géopolitique, la sécurité alimentaire doit être reconnue comme une composante stratégique de la résilience économique et de la sécurité globale de l’Europe. Farm Europe appelle donc à la création d’une allocation dédiée au sein du FEC afin de soutenir les capacités stratégiques de stockage des produits agricoles et des intrants critiques, ainsi qu’un soutien ciblé aux infrastructures numériques et hydriques renforçant la résilience du secteur agricole. De tels investissements sont essentiels pour préserver la production agricole, renforcer la résistance aux chocs climatiques et de marché, et maintenir la vitalité des zones rurales européennes.

Farm Europe compte ainsi sur l’Irlande, dans le cadre de sa présidence, pour faire preuve d’un leadership fort et garantir des avancées sur ces priorités clés, avec pour objectif de préserver l’autonomie, la prévisibilité et l’unité de la PAC, tout en renforçant les possibilités de soutien et d’investissement offertes par le FEC.

Le PE donne son feu vert à un renforcement de la position des agriculteurs et à des règles plus claires en matière d’étiquetage alimentaire

Farm Europe et EAT Europe saluent l’adoption par le Parlement européen à Strasbourg de l’accord sur la révision du règlement portant organisation commune des marchés (OCM), à la suite des négociations interinstitutionnelles fructueuses menées par la rapporteure Céline Imart. Ce vote confirme une avancée majeure tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs. Il renforce la position des agriculteurs au sein de la chaîne d’approvisionnement alimentaire grâce à des relations contractuelles renforcées et à de meilleures possibilités d’organisation collective des producteurs. Il établit également des règles plus claires concernant l’utilisation des dénominations liées à la viande, protégeant ainsi les consommateurs contre les pratiques trompeuses et préservant la valeur de la production agricole.

Nous félicitons chaleureusement la députée européenne Céline Imart pour son leadership et sa détermination tout au long de ce processus, ainsi que l’ensemble des membres du Parlement européen qui ont soutenu cette réforme importante. Nous saluons également l’engagement de la Commission européenne, notamment du commissaire Hansen, ainsi que des États membres qui ont contribué à l’obtention de ce résultat.

L’approbation du Parlement envoie un signal clair : les mots comptent, la transparence compte, et les agriculteurs méritent une position plus équitable au sein de la chaîne alimentaire. Les consommateurs doivent pouvoir faire des choix éclairés sur la base d’informations exactes concernant les produits qu’ils achètent, tandis que les producteurs doivent être protégés contre la concurrence déloyale et la confusion sur le marché.

L’accord constitue une réalisation majeure en cohérence avec les objectifs de la campagne « Words Matter », lancée par Farm Europe et EAT Europe en 2024. En reconnaissant la nécessité de renforcer la protection des dénominations liées à la viande et en excluant les produits cellulaires et cultivés en laboratoire de l’utilisation de termes associés à la viande, l’Europe a franchi une étape importante vers davantage de clarté et de cohérence dans l’étiquetage alimentaire.

Dans le même temps, le renforcement des relations contractuelles et des outils d’organisation des producteurs constitue un progrès concret pour remédier au déséquilibre de longue date des rapports de force au sein de la chaîne alimentaire. Ces mesures devraient contribuer à améliorer le pouvoir de négociation des agriculteurs, à accroître la prévisibilité et à créer des conditions de marché plus équitables.

Le vote d’aujourd’hui ne marque pas la fin du parcours. Farm Europe et EAT Europe soulignent que le travail doit se poursuivre dans le cadre du prochain paquet de réforme de la PAC, qui comprend une révision plus large du règlement OCM.

Cette prochaine étape offrira l’occasion de renforcer davantage la position des agriculteurs dans la chaîne alimentaire, d’améliorer la résilience des marchés, de rétablir des règles claires et des allocations financières pour les interventions sectorielles, et de poursuivre les efforts visant à garantir aux consommateurs une information claire et transparente. À cet égard, une attention particulière devrait être accordée au renforcement des normes de commercialisation, à la mise en place de seuils de référence cohérents (anciens prix d’intervention), avec des niveaux actualisés et différenciés adaptés aux réalités économiques et sectorielles, en tant qu’outil essentiel pour mieux orienter la gestion des marchés et la logique d’intervention.

La réforme devrait également renforcer et moderniser le programme européen de distribution de fruits et légumes à l’école, afin d’en améliorer l’efficacité, de mieux cibler l’éducation alimentaire en milieu scolaire et d’accroître son impact sur les habitudes de consommation saines. En outre, elle devrait ouvrir une réflexion sur la mise en place de mécanismes globaux de prévention et de gestion des crises, y compris le développement éventuel de stocks stratégiques afin de répondre plus efficacement aux perturbations des marchés et à l’insécurité alimentaire des populations les plus vulnérables. Ce travail a déjà été engagé par le rapporteur du Parlement européen sur l’OCM, M. Sargiacomo. 

Farm Europe appelle la Commission à reconnaître l’ensemble des biocarburants durables

À la suite de la récente déclaration du Commissaire devant le Parlement européen sur les biocarburants durables, Farm Europe a adressé une lettre au Commissaire Tzitzikóstas afin de rappeler que les biocarburants européens issus de cultures agricoles doivent être pleinement reconnus dans la catégorie des biocarburants durables. Ils ne présentent pas de risque élevé de changement indirect d’affectation des sols (ILUC), n’ont pas contribué à la hausse des prix alimentaires ni au déplacement des terres agricoles, et génèrent d’importants coproduits, notamment des aliments riches en protéines pour l’élevage, des biocarburants avancés et des produits biochimiques. Loin de concurrencer la sécurité alimentaire, leur production contribue activement à la renforcer.

La tendance persistante à l’abandon des terres agricoles dans l’ensemble de l’Union européenne — due à une rentabilité insuffisante des exploitations agricoles — devrait conduire la Commission européenne à renforcer la demande pour les biocarburants européens issus des cultures agricoles. Cela contribuerait à consolider la souveraineté alimentaire, l’autonomie stratégique de l’UE et la résilience économique des zones rurales, tout en ouvrant la voie au développement d’autres filières de la bioéconomie.

Par conséquent, Farm Europe appelle la Commission à respecter le principe de neutralité technologique dans tous les cadres législatifs pertinents — y compris dans le cadre de la révision en cours des normes de CO₂ applicables aux véhicules légers et lourds — et à veiller à ce que tous les carburants renouvelables durables soient dûment reconnus. Les biocarburants européens issus des cultures agricoles constituent un outil de décarbonation immédiatement disponible et abordable, s’appuyant sur les infrastructures existantes et les flottes de véhicules actuelles, générant des revenus pour les agriculteurs européens et contribuant à la souveraineté énergétique de l’Europe.

La lettre soulève également une préoccupation majeure concernant l’intégrité du marché : les importations de biocarburants relevant de l’Annexe IX en provenance de Chine ont été multipliées par sept entre 2017 et 2023, atteignant environ 3 millions de tonnes, soit près de 20 % de la consommation totale de biocarburants dans l’UE. Une part importante de ces importations a été identifiée comme frauduleuse, impliquant l’étiquetage abusif d’huile de palme vierge et de ses dérivés comme huiles de cuisson usagées ou autres matières premières admissibles. Cette fraude, documentée par la Cour des comptes européenne (2016 et 2023) et reconnue dans la propre décision d’exécution de la Commission du 18 juillet 2025, est structurellement encouragée par le mécanisme de double comptabilisation prévu par la directive sur les énergies renouvelables.

Farm Europe avertit que, tant que cette fraude ne sera pas traitée, la disponibilité réelle des biocarburants avancés sera largement surestimée et que les arguments visant à marginaliser les biocarburants européens issus des cultures agricoles reposeront sur une vision déformée du marché.

Plan d’action sur les engrais : urgence de clarifier les ambitions et le soutien concret

Aujourd’hui, la Commission européenne a présenté son très attendu Plan d’action sur les engrais. Farm Europe salue la reconnaissance par la Commission européenne de l’ampleur du défi et de la nécessité d’agir de toute urgence. Toutefois, des éléments pratiques essentiels manquent afin d’envoyer un signal fort aux agriculteurs et à l’industrie, notamment concernant le niveau du soutien d’urgence le plus nécessaire via la réserve de crise, ainsi que des orientations politiques concrètes en amont des révisions du SEQE, en ce qui concerne la trajectoire des quotas gratuits et du MACF appliqués aux engrais.

L’engagement visant à créer des passerelles entre le CRCF et les revenus du SEQE constitue une avancée dans la bonne direction afin de créer un véritable modèle économique pour les réductions d’émissions via des incitations destinées aux agriculteurs, sans que l’agriculture ne soit couverte par le SEQE. Cependant, cet engagement devrait être accompagné de mesures plus fortes à court terme afin de surmonter la crise actuelle.

L’intention de garantir une cohérence politique entre le plan d’action sur les engrais et la future stratégie sur l’élevage constitue également une orientation positive du plan d’action. À cet égard, la volonté de promouvoir le transfert de nutriments des régions d’élevage présentant des excédents structurels vers des régions ayant des besoins en nutriments au sein du marché unique est une avancée positive. La volonté de libérer le potentiel du digestat via une extension du règlement RENURE, de stimuler la production de biométhane, de favoriser les engrais biosourcés et d’ouvrir davantage la voie à l’innovation renforçant la circularité sont également des pas dans la bonne direction.

En termes pratiques, la politique européenne devrait se concentrer sur « l’efficacité », en s’éloignant des réglementations qui découragent la production ou encouragent même les réductions. La possibilité offerte aux États membres de rouvrir leur plan stratégique de la PAC en mettant l’accent sur l’efficacité constitue un signal positif, brouillé toutefois par le mélange entre de nouveaux éco-régimes potentiels et les mesures agro-environnementales, alors qu’il conviendrait au contraire d’encourager la complémentarité entre ces interventions, en clarifiant le périmètre de la révision des plans stratégiques nationaux.

Ces avancées du plan d’action à moyen et long terme doivent être accompagnées de toute urgence par des mesures de soutien à court terme afin d’assurer la continuité des systèmes alimentaires européens face à un choc majeur depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aggravé par le blocage du détroit d’Ormuz. Les agriculteurs européens font face à une situation de plus en plus intenable, déjà visible à travers les pertes de terres agricoles partout en Europe.

Avec des prix des engrais azotés toujours supérieurs de 70 % aux niveaux de 2024 en avril 2026, les agriculteurs européens réduisent déjà les surfaces cultivées et se détournent de certaines cultures, notamment le blé. La réserve agricole d’urgence de la Commission reste indéfinie tant en termes de montant que de critères d’éligibilité. La seule mesure pleinement opérationnelle à court terme — le cadre temporaire d’aides d’État adopté le 29 avril — repose sur les États membres. Cela ne suffit pas. Les agriculteurs doivent savoir dès aujourd’hui sur quel soutien ils pourront compter avant la prochaine saison des semis.

Appel à la Commission européenne pour garantir la conformité aux règles relatives aux OGM et la transparence du marché avant l’accord UE–Mercosur

Farm Europe and Eat Europe have addressed a letter to the European Commission raising concerns regarding the import of genetically modified (GM) cane sugar from Brazil and the implications for compliance with EU legislation, traceability standards, and market transparency after the recent provisional entry into force of the EU–Mercosur Agreement.

Brazil, the world’s largest producer and exporter of sugar, authorises and cultivates genetically modified sugar cane varieties alongside conventional ones. However, according to available information, no effective segregation between GM and non-GM sugar cane is carried out during processing, raising concerns that raw sugar exported to the European Union may derive from mixed production streams.

Over the past five years, EU Member States have imported approximately 3.6 million tonnes of sugar from Brazil, including more than 750,000 tonnes in the last year alone. These volumes are expected to rise further under the EU–Mercosur Agreement, which introduces a new annual duty-free quota of 180,000 tonnes of sugar.

Under EU legislation, food and feed consisting of, containing, or produced from genetically modified organisms must be authorised before being placed on the EU market. While certain genetically modified sugar beet varieties are authorised in the Union for import and processing, no genetically modified sugar cane varieties appear to be currently authorised under the EU GMO framework for food and feed uses.

In their letter, Eat Europe and Farm Europe warn that the inability to reliably distinguish between GM and non-GM sugar imports raises significant concerns regarding regulatory compliance, traceability, consumer transparency, food safety, and environmental protection.

The organisations are calling on the European Commission to clarify which measures are currently in place — or are envisaged — to ensure that sugar imported into the EU complies with existing GMO legislation and that adequate traceability and control are guaranteed throughout the supply chain. Eat Europe and Farm Europe emphasise that, in the context of bilateral relations with Brazil and the implementation phase of the EU–Mercosur Agreement, efforts should be made to ensure effective segregation between GM and non-GM sugar production streams in order to prevent non-compliant products from entering the European market.

The letter also requests further information on the implementation of the monitoring mechanisms established under Regulation (EU) 2026/687 concerning safeguard clauses within the EU–Mercosur framework. In particular, Eat Europe and Farm Europe seek clarification regarding the tools and data sources the Commission intends to rely on to monitor import volumes, price developments, and market dynamics for sensitive agricultural sectors such as sugar, meat products, and rice.

The organisations underline that effective and timely monitoring of trade flows is essential not only for the possible activation of safeguard measures, but also for ensuring compliance with EU regulatory requirements related to genetically modified organisms and traceability.

Eat Europe and Farm Europe also stress the importance of transparency for market operators and stakeholders, calling for accessible monitoring instruments such as dedicated dashboards or reporting mechanisms allowing up-to-date tracking of relevant market developments.

La commission AGRI appelle à garantir un financement pour l’agriculture au sein du Fonds européen pour la compétitivité

Farm Europe se félicite chaleureusement de l’adoption aujourd’hui par la commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen (COMAGRI) du projet d’avis du député européen Carlo Fidanza sur le Fonds européen pour la compétitivité (FEC).

Le FEC constitue une source essentielle de financements supplémentaires, en dehors de la politique agricole commune (PAC), pour contribuer à la transition vers des systèmes alimentaires plus efficaces. Il est donc indispensable de mentionner explicitement l’agriculture, la sécurité alimentaire et les chaînes de valeur agroalimentaires au sein du FEC. L’affectation des fonds doit être contraignante, transparente, prévisible et clairement ouverte aux agriculteurs.

Le projet d’avis identifie le Fonds pour la compétitivité comme un instrument clé pour financer des projets d’intérêt européen de grande envergure qui dépassent les capacités des États membres pris individuellement. Ces investissements sont considérés comme essentiels pour renforcer la résilience du système agroalimentaire de l’UE, notamment face aux pressions croissantes d’ordre climatique, économique et géopolitique.

Dans un contexte d’instabilité géopolitique croissante, la commission souligne que le contrôle des ressources alimentaires constitue un élément clé de la résilience économique et contribue à la capacité globale de sécurité et de défense de l’UE. L’allocation d’un budget au sein du FEC pour des capacités de stockage stratégique des produits agricoles et des intrants clés est donc essentielle.

Farm Europe souligne la nécessité, telle qu’énoncée dans l’avis, d’un soutien dédié du FEC à l’innovation et à l’eau dans le secteur agricole, notamment aux investissements en matière de résilience hydrique (efficacité de l’irrigation, stockage de l’eau, gestion durable des ressources hydriques pour l’agriculture) et de numérisation (agriculture de précision, services numériques, outils d’aide à la décision et infrastructures de données). De tels investissements sont jugés essentiels pour maintenir la production agricole et préserver l’excellence agroalimentaire européenne.

Nous appelons désormais le Parlement européen à confirmer ce signal positif en séance plénière. Un soutien fort offrira des perspectives claires et positives pour l’ensemble du secteur agroalimentaire.

Farm Europe salue le soutien du Parlement à un avenir rentable et durable du secteur de l’élevage de l’UE 

Farm Europe salue chaleureusement l’adoption aujourd’hui par le Parlement européen du rapport de l’eurodéputé Carlo Fidanza sur « Comment garantir un avenir durable au secteur de l’élevage de l’UE à la lumière de la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire, la résilience des agriculteurs et les défis posés par les maladies animales ? ».

Ce vote représente une avancée significative dans la promotion d’un secteur de l’élevage de l’UE résilient, compétitif, durable et diversifié.

Farm Europe souligne en particulier l’appel du rapport à replacer la production au cœur de l’orientation des politiques, en tenant compte de la diversité de nos modèles et de l’ambition de maintenir la production sur l’ensemble du territoire de l’UE, en considérant également la contribution de l’élevage à l’environnement et à l’économie rurale. L’accent mis sur la performance, à travers une optimisation complète des bénéfices positifs de l’élevage, ainsi que sur les investissements pour préparer l’avenir, devrait également constituer une orientation politique centrale dans la future stratégie européenne pour l’élevage.

Le déclin de la production et la décapitalisation ne sont pas irréversibles ; ces tendances doivent au contraire être inversées. Le secteur doit être reconnu pour son rôle dans la fourniture d’une alimentation saine et équilibrée, ainsi que pour ses contributions environnementales, notamment la gestion des prairies, tout en étant soutenu dans la réduction de ses émissions grâce à des investissements ciblés dans la génétique, la nutrition, les infrastructures, et la valorisation des effluents pour la production de biogaz et de biofertilisants.

Ce fort soutien du Parlement européen établit une base solide pour la stratégie sur l’élevage que la Commission européenne doit présenter le 7 juillet 2026.

L’UE doit lever les obstacles économiques et réglementaires afin de relancer l’investissement dans l’élevage, à travers un plan global permettant une modernisation à grande échelle du secteur, la mise en œuvre d’une véritable stratégie de décarbonation, la promotion de l’amélioration génétique et l’encouragement d’initiatives de qualité répondant aux attentes des consommateurs.