Farm Europe plaide en faveur d’une PAC autonome, véritablement commune et tournée vers l’avenir

Farm Europe est intervenu aujourd’hui lors de l’audition publique de la commission Agri consacrée à une nouvelle structure de financement de la PAC, en s’interrogeant sur les conséquences pour les agriculteurs et les autorités nationales. Dans ce contexte, notre secrétaire général, Luc Vernet, s’est félicité de l’ambition politique, largement partagée au sein du Parlement européen, en faveur d’une politique agricole autonome, commune et dotée de moyens financiers suffisants. Mais la mise en œuvre concrète de cette ambition est complexe et nécessite une coordination et une volonté politique sans précédent.

Alors que du côté du Conseil, entre le Coreper et le SCA, certains paramètres clés — notamment la définition du terme « agriculteur » — ne sont pas cohérents, le moyen le plus efficace d’éviter des approches contradictoires est de garantir l’autonomie de la PAC. Une première étape a été franchie par le Parlement européen, qui a transféré la plupart des articles clés dans le règlement relatif à la PAC. Mais il faut aller plus loin en créant un volet autonome — et non un simple chapitre — doté de ses propres règles de conception, de validation et de son cadre de performance. 

Les indicateurs de performance autonomes doivent être préservés. Une production agricole durable et efficace est un objectif en soi ; elle doit être reconnue comme un pilier de la performance et placée au cœur de la PAC en tant que principe fondamental et transversal, dès son tout premier article.

Le « C » de « commun » risque aujourd’hui d’être remplacé par le « C » de concurrence interne. À un rythme effréné, le marché unique se transforme en champ de bataille, alors que l’agriculture devrait être un levier de souveraineté collective et d’influence géopolitique.

Pour éviter cela, sur le plan environnemental, un catalogue de mesures ne suffit pas : il ne permet pas d’écarter le risque de saper les règles communes. À juste titre, le Parlement réclame une base de référence claire — mais celle-ci doit se voir conférer une force juridique réelle et concrète. 

Un travail considérable de simplification de la conditionnalité a été mené ces deux dernières années sous l’impulsion du commissaire Hansen et de la commission de l’agriculture du Parlement européen. Il ne faut pas y renoncer au profit d’une « gestion responsable des exploitations agricoles » qui n’est pas la fin de la conditionnalité, mais une conditionnalité à plusieurs vitesses. La diversité de nos agricultures n’est pas une question de drapeaux nationaux : elle existe partout, au sein même de nos territoires. Il n’est pas plus facile de la refléter au niveau national qu’au niveau européen.

Le principe du « commun » doit également s’appliquer à la question du cofinancement. Farm Europe déplore l’absence de mesures financées à 100 % par l’UE en faveur de l’environnement et du climat. Et nous déplorons également la règle des « au moins 30 % » sans plafond. Afin de garantir des conditions de concurrence équitables, nous appelons à une règle claire : un cofinancement de 30 %, associé à une clause de « droits acquis » garantissant, en euros, le maintien du niveau actuel pour les agriculteurs de l’UE.

En ce qui concerne le ciblage de « ceux qui en ont le plus besoin » — un concept intéressant mais délicat —, il vaut mieux s’en tenir aux faits plutôt que de pointer du doigt des bénéficiaires individuels. Farm Europe a analysé, sur la base des données des organismes payeurs, l’impact sur 5,5 millions de bénéficiaires. Le plafonnement concerne, au maximum, 1 % du budget de la PAC. Sans même tenir compte de l’emploi, cela pourrait gravement nuire à la viabilité de certaines exploitations agricoles. Quant à la dégressivité, elle pèserait avant tout sur les exploitations de taille moyenne, qui constituent l’épine dorsale de notre production : près de 40 % sont des exploitations d’élevage, 35 % des exploitations de grandes cultures, et plus d’un quart se situent dans des zones défavorisées. Comme lors des réformes précédentes, d’autres outils devraient être explorés pour garantir l’effet de levier de la PAC et veiller à ce que les fonds publics produisent des résultats tangibles en termes d’autonomie stratégique et de durabilité.

Le projet de rapport du Parlement rétablit un premier pilier de mesures non cofinancées — le soutien de base, le soutien couplé — qui sont très importantes — ainsi que les petites exploitations —distinct d’un deuxième pilier cofinancé consacré au développement rural. Ce qui relève du noyau commun de la politique européenne doit être financé à 100 % par l’Union.

Farm Europe demande que cette logique soit poussée jusqu’au bout en l’étendant au climat et à l’environnement. Nous proposons des programmes écologiques renouvelés — des « programmes d’efficacité » — qui devraient relever de ce premier pilier : financés à 100 % par le budget de l’UE, inscrits dans un article dédié. En plaçant la compétitivité, la production et la durabilité sur un pied d’égalité, ils enverraient le signal que la performance économique et l’environnement ne s’opposent pas.

L’environnement et le climat sont des défis collectifs ; le cofinancement systématique de ces outils affaiblirait considérablement les programmes actuels. Leur financement risquerait de baisser de plus de 60 %. Les États membres seraient contraints de faire des choix entre l’optimisation de leur cofinancement, l’environnement, l’investissement et la gestion des risques. Une mauvaise nouvelle pour l’agriculture et pour la crédibilité de la PAC.

De même, la fourchette de 130 à 240 euros pour le DABIS n’est pas adéquate, car elle n’intègre pas les éco-programmes actuels.

Cette même logique de souveraineté commune s’applique aux aides couplées, un outil essentiel pour notre secteur de l’élevage et notre autonomie en protéines : nous défendons le plafond de 20 %, relevé de 5 points, proposé par la Commission. Il correspond à l’ambition de préserver une capacité de production sur l’ensemble des territoires, même là où les coûts de production sont plus élevés. La dimension territoriale de la PAC ne doit pas être affaiblie, mais au contraire renforcée.

Farm Europe demande également que chaque agriculteur, dans chaque État membre, ait accès à des outils de gestion des risques et des crises. Ce choix doit revenir aux agriculteurs, et non aux États membres. Cette orientation est directement liée à une PAC axée sur l’investissement. 

Il s’agit là de quelques leviers clés grâce auxquels un équilibre entre les flexibilités nationales et des orientations européennes claires empêcherait la PAC de devenir un programme «à la carte» — préservant ainsi sa dimension politique, ainsi que le rôle politique du Parlement européen dans sa capacité à piloter un véritable projet de souveraineté agricole partagée au niveau européen, pour une production efficace et compétitive.

Le rôle stratégique de la bioéconomie pour l’agriculture et l’avenir de l’Europe

À un moment charnière tant pour l’Union européenne que pour l’Ukraine, Farm Europe et l’Association « Ukrainian Agribusiness Club » (UCAB) ont organisé aujourd’hui un atelier interne réunissant les membres des deux organisations afin d’échanger sur le rôle de l’agriculture et de la bioéconomie dans le renforcement de la compétitivité, de l’autonomie stratégique et des ambitions climatiques de l’Europe.

Organisé en marge du Sommet sur la reconstruction de l’Ukraine et de l’Union européenne, cet atelier intervient à un moment particulièrement opportun alors que les discussions sur l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne progressent et que l’Union européenne travaille à la révision de la directive sur les énergies renouvelables ainsi qu’à la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie pour la bioéconomie. Les participants ont souligné l’importance de favoriser un dialogue ouvert afin d’aborder à la fois les opportunités et les préoccupations liées à ces évolutions.

En ouverture des discussions, Dacian Cioloș, ancien Premier ministre de la Roumanie, a mis en avant la nécessité de construire une vision commune de l’agriculture au sein d’une Union européenne élargie.

Au cours de l’atelier, Luc Vernet, Secrétaire général de Farm Europe, a présenté les radars de production agricole de Farm Europe ainsi que son analyse des flux de biomasse, illustrant la diversité des productions agricoles à travers l’Europe et le rôle stratégique de la biomasse dans la fourniture de denrées alimentaires, d’aliments pour animaux, d’énergies renouvelables, de biomatériaux et de solutions climatiques. Il a notamment souligné son importance pour créer les conditions nécessaires à une économie neutre en carbone, qui repose dans une large mesure sur une bioéconomie fondée sur l’agriculture.

Les échanges ont mis en évidence que l’agriculture doit être reconnue comme un pilier central de la bioéconomie européenne afin d’atteindre les objectifs de neutralité climatique, de sécurité énergétique et de sécurité alimentaire, tout en demeurant un moteur essentiel de la vitalité des zones rurales. L’Union européenne doit créer les conditions permettant de libérer le potentiel de toutes les régions, y compris celles disposant d’un potentiel agronomique plus limité et confrontées à des coûts de production plus élevés. Exploiter pleinement le potentiel de la bioéconomie, encourager les investissements dans les exploitations agricoles européennes et stimuler les investissements industriels seront essentiels pour lutter contre l’abandon des terres agricoles et éviter une dépendance accrue dans les futures chaînes de valeur de la bioéconomie.

Cet atelier constitue la première étape d’un dialogue structuré plus large entre Farm Europe et l’UCAB. Ses conclusions contribueront à nourrir les réflexions futures sur le processus de négociation de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ainsi que sur l’avenir d’un modèle agricole européen à la fois compétitif et durable.

Le rapport d’initiative du Parlement européen sur la santé cardiovasculaire manque d’ambition

Le résultat du vote de la commission de la santé publique ne répond pas aux enjeux.

À la suite du vote intervenu au sein de la commission de la santé publique du Parlement européen, Eat Europe et Farm Europe prennent clairement leurs distances avec le rapport adopté, estimant qu’il est très en deçà du niveau d’ambition et de cohérence nécessaire.

Nous avons salué le Plan européen pour la santé cardiovasculaire présenté par le commissaire Várhelyi en décembre 2025 et avons suivi les travaux de la commission dans l’espoir qu’ils renforcent l’approche proposée par la Commission européenne. Cependant, le texte final ne répond pas à cet objectif et constitue une occasion manquée.

Les préoccupations sont particulièrement fortes concernant les aliments ultra-transformés (AUT), pour lesquels le texte adopté reste limité et ne reflète pas l’attention scientifique et politique croissante portée à leur rôle dans les maladies non transmissibles. Conformément aux positions déjà exprimées dans les communications d’Eat Europe et de Farm Europe, nous estimons qu’une approche plus explicite et fondée sur la science à l’égard des AUT est nécessaire afin de mieux prendre en compte les facteurs de risque alimentaires liés à la santé cardiovasculaire.

Si nous reconnaissons certains éléments positifs – notamment la reconnaissance du fait que le principal facteur de risque est l’abus d’alcool plutôt que sa consommation en tant que telle, l’accent mis sur l’éducation nutritionnelle, des politiques d’approvisionnement équilibrées ainsi que la reconnaissance du rôle de la viande rouge dans le cadre d’une alimentation équilibrée – nous considérons que ces avancées demeurent insuffisantes pour compenser les faiblesses plus générales du rapport.

Le texte introduit également une présentation déséquilibrée des modèles alimentaires, affaiblit l’ambition concernant les boissons énergisantes et rouvre des débats controversés sur l’étiquetage nutritionnel en face avant des emballages. Certaines approches risquent notamment de réintroduire indirectement des logiques erronées et trompeuses, pour lesquelles quelques multinationales et certains États membres ont exercé un lobbying particulièrement intense. Des préoccupations subsistent également concernant de nouvelles exigences d’étiquetage et l’introduction d’avertissements sanitaires pour le secteur vitivinicole, qui risquent d’imposer des charges disproportionnées sans bénéfices clairement démontrés pour la santé publique.

Dans l’ensemble, le rapport adopté reflète un compromis au plus petit dénominateur commun, dépourvu de vision stratégique claire et ne fournissant pas d’orientations suffisamment efficaces pour la prévention des maladies cardiovasculaires et la promotion de modes de vie sains.

Nous poursuivrons notre travail avec les députés européens en vue du vote en séance plénière afin de renforcer le texte et de garantir une approche plus courageuse et davantage fondée sur les preuves scientifiques en matière de politique de santé cardiovasculaire.

Biotech Act : l’Europe doit se concentrer sur les besoins réels, et non sur l’engouement pour les biotechnologies

Dans une lettre adressée aujourd’hui au vice-président exécutif Stéphane Séjourné en amont du futur Biotech Act II, ainsi qu’aux membres de la Commission de la santé publique du Parlement européen à la suite de la publication du projet de rapport sur le Biotech Act I, Eat Europe et Farm Europe ont salué l’ambition de la Commission européenne de renforcer le secteur européen des biotechnologies, tout en appelant les décideurs politiques à concentrer leur soutien sur les applications susceptibles d’apporter des bénéfices concrets à la société, à l’environnement et à l’économie européenne.

Les deux organisations expriment leur ferme soutien à l’ambition du Biotech Act II de développer en particulier les chaînes de valeur biosourcées, qui peuvent contribuer à l’autonomie stratégique de l’Europe, à sa compétitivité industrielle, aux objectifs de l’économie circulaire et à la réduction de la dépendance aux ressources fossiles.

La lettre souligne la nécessité d’une stratégie européenne plus forte et plus cohérente pour les industries biosourcées, notant que, si certains États membres encouragent activement les solutions biosourcées, les cadres réglementaires et les incitations de marché demeurent fragmentés et placent souvent ces innovations dans une situation défavorable par rapport aux alternatives déjà établies.

Concernant les nouveaux aliments et les aliments produits grâce à des procédés biotechnologiques avancés, notamment la fermentation de précision et la production cellulaire, tant dans le cadre des négociations en cours sur le Biotech Act I que de la future proposition relative au Biotech Act II, les deux organisations appellent à une approche prudente et fondée sur la science.

« Le débat sur les biotechnologies est de plus en plus alimenté par des promesses plutôt que par des résultats démontrés. L’Europe devrait se concentrer sur des besoins réels et immédiats, plutôt que de se laisser guider par l’engouement autour des biotechnologies. Les biotechnologies industrielles peuvent déjà contribuer à réduire notre dépendance aux ressources d’origine fossile et soutenir la transition vers une économie plus durable. À l’inverse, nombre des affirmations associées aux nouvelles technologies alimentaires ne reposent pas sur une validation scientifique solide et ne justifient ni financement public ni traitement réglementaire préférentiel. Les applications biotechnologiques dans le secteur des nouveaux aliments devraient donc être soumises à des normes d’évaluation particulièrement strictes, comparables à celles appliquées dans le secteur pharmaceutique », a déclaré Luigi Scordamaglia, Président d’Eat Europe.

Alors que certaines tentatives visant à intégrer les notions de « nouveaux aliments » et d’« aliments innovants » dans les discussions du Parlement européen sur le Biotech Act I sont malheureusement et de manière inappropriée en cours, Eat Europe et Farm Europe soulignent que les données actuellement disponibles concernant les impacts à long terme sur la santé et les performances environnementales des technologies de fermentation de précision et des aliments cultivés demeurent incomplètes et soulèvent de sérieuses interrogations. Les évaluations actuelles de durabilité reposent souvent sur des hypothèses relatives à une future montée en échelle industrielle, à la consommation énergétique, aux impacts sur l’environnement et sur les systèmes de production, qui restent encore à démontrer pleinement.

Pour cette raison, les organisations estiment qu’il serait prématuré de mettre en place des dispositifs de soutien public ou des mesures spécifiques d’aides d’État en faveur de ces technologies alimentaires en l’absence de preuves scientifiques solides, indépendantes et transparentes confirmant les bénéfices revendiqués.

La lettre souligne également l’importance stratégique de l’agriculture européenne pour garantir la sécurité alimentaire et la résilience.

Eat Europe et Farm Europe appellent donc la Commission européenne à veiller à ce que le Biotech Act II repose sur des principes clairs de durabilité, de sécurité, de rigueur scientifique et de responsabilité technologique, tout en préservant les normes élevées de l’Europe en matière de protection de la santé humaine, de l’environnement et des consommateurs.

« La sécurité alimentaire ne peut être réduite à la capacité industrielle de fabriquer des ingrédients dans des installations technologiques. La souveraineté alimentaire européenne s’est construite sur un secteur agricole productif ancré dans les communautés rurales à travers tout le continent. Les agriculteurs doivent rester au cœur du système alimentaire européen.

L’Europe peut et doit devenir un leader mondial dans le domaine des biotechnologies. Mais le leadership ne consiste pas à suivre chaque tendance technologique. Il consiste à orienter l’innovation là où elle apporte une réelle valeur ajoutée pour l’intérêt général, des bénéfices environnementaux mesurables et une plus grande autonomie stratégique », a conclu Yves Madre, Président de Farm Europe.

Étiquetage du bien-être animal en Allemagne : un défi pour le marché unique

Farm Europe et Eat Europe expriment leurs vives préoccupations concernant le projet de troisième modification de la loi allemande sur l’étiquetage de l’élevage animal – récemment notifié à la Commission européenne – qui introduit un système de classification obligatoire ayant des implications importantes pour le commerce intra-européen et international.

Si l’objectif d’améliorer la transparence pour les consommateurs est partagé, le cadre proposé risque de devenir une barrière technique au commerce en étendant les obligations de conformité aux importateurs de viande porcine et de produits transformés à base de viande. Cette extension va au-delà des normes minimales existantes de l’UE, qui figurent déjà parmi les plus strictes au monde en matière de bien-être animal.

En particulier, les exigences d’étiquetage obligatoire pour les produits importés introduisent une complexité opérationnelle supplémentaire et risquent d’entraver les flux commerciaux, sans apporter de valeur ajoutée significative en matière de bien-être animal, déjà garanti par une législation européenne robuste et des systèmes de contrôle établis.

L’approche proposée risque également de fragiliser le travail de millions d’éleveurs européens, qui opèrent déjà selon des normes très élevées de bien-être animal, de sécurité alimentaire et de durabilité environnementale. L’introduction de systèmes de classification susceptibles de pénaliser automatiquement certains modes de production, indépendamment des améliorations réellement mises en œuvre dans les exploitations au fil du temps, pourrait créer des distorsions de marché et induire les consommateurs en erreur.

Le secteur réitère la nécessité d’une approche pleinement harmonisée au niveau de l’UE, afin d’éviter la fragmentation réglementaire entre les États membres et de garantir des conditions de concurrence équitables au sein du marché unique.

Dans ce contexte, de fortes attentes sont placées dans la future stratégie européenne pour l’élevage, qui devrait fournir un cadre cohérent et tourné vers l’avenir, reconnaissant le rôle stratégique de l’élevage européen, l’importance des protéines animales dans des régimes alimentaires équilibrés, ainsi que la nécessité d’investir dans l’innovation, la numérisation et la compétitivité.

Seules des politiques coordonnées au niveau de l’UE permettront de soutenir la productivité, de renforcer la résilience des zones rurales et de préserver la diversité agricole européenne, en évitant un déclin structurel susceptible d’avoir des conséquences économiques, sociales et environnementales importantes.

Par conséquent, Farm Europe et Eat Europe appellent la Commission européenne à engager un travail constructif dans le cadre des normes de commercialisation afin d’encourager et de mieux structurer les stratégies de segmentation destinées à répondre à des attentes spécifiques des consommateurs.

NGT : feu vert final du Parlement européen

Farm Europe et Eat Europe saluent le vote intervenu aujourd’hui au Parlement européen, qui a adopté en deuxième lecture la position du Conseil en première lecture sur les nouvelles techniques génomiques (NGT). Cette étape rapproche ce règlement tant attendu de son adoption définitive. Après de longues négociations, les agriculteurs européens disposeront enfin des outils dont ils ont urgemment besoin pour renforcer la résilience, la compétitivité et la durabilité du secteur agricole.

Cette journée marque une étape importante pour l’agriculture européenne. Les NGT sont plus que jamais nécessaires et les agriculteurs sont prêts à exploiter pleinement leur potentiel. Ce vote démontre que le Parlement européen a choisi la science plutôt que l’idéologie. Il apporte ainsi aux agriculteurs la certitude qu’ils attendaient depuis longtemps.

En confirmant le compromis obtenu lors des négociations en trilogue, le Parlement européen a envoyé un signal fort de son engagement en faveur d’un soutien responsable à la durabilité et à la compétitivité des exploitations agricoles de l’Union européenne. Le règlement établit un cadre réglementaire clair, permettant enfin le déploiement concret de l’innovation. Ces innovations sont devenues essentielles pour répondre aux défis posés par le changement climatique, à la pression croissante des ravageurs et des maladies, à la résilience hydrique ainsi qu’à la réduction du nombre de produits de protection des cultures disponibles.

L’accord offre une opportunité indispensable tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs. Il soutiendra la transition vers une intensification durable de la production. Il permettra à l’agriculture européenne de produire davantage et mieux, tout en jetant les bases d’une économie résiliente et de plus en plus neutre en carbone, dans laquelle l’agriculture fait partie de la solution.

Si l’accord constitue nécessairement un compromis, il représente néanmoins une lumière au bout du tunnel après des années durant lesquelles les agriculteurs européens ont été contraints par des choix politiques qui ont trop souvent placé l’idéologie avant les données scientifiques et les faits.

Farm Europe et Eat Europe appellent désormais la Commission européenne et les États membres à garantir une mise en œuvre rapide et efficace du règlement, afin que les bénéfices de ces innovations parviennent sans délai aux agriculteurs et aux consommateurs sur le terrain. Le travail ne s’arrête pas avec le vote d’aujourd’hui : des règles d’application claires, prévisibles et pragmatiques seront essentielles pour concrétiser les promesses de ce cadre réglementaire et maintenir la compétitivité de l’agriculture européenne sur les marchés mondiaux.

Approche générale partielle du Conseil sur les PRNP et le FEC : il reste encore un long chemin à parcourir

Farm Europe prend acte de l’adoption aujourd’hui par le Conseil d’une approche générale partielle sur les propositions législatives relatives aux Plans nationaux et régionaux de partenariat (PRNP) et au Fonds européen pour la compétitivité (FEC). Des travaux supplémentaires devront être menés et approfondis afin de soutenir pleinement les agriculteurs européens dans leur transition vers des systèmes alimentaires plus efficaces, résilients et rentables, et de garantir que l’Union européenne atteigne ses objectifs en matière de souveraineté.

À la suite de leur approbation par le Coreper le 14 juin, les ministres sont parvenus à un accord sur les principaux éléments de ces propositions. Cela constitue une étape majeure dans les négociations relatives au cadre financier pluriannuel (CFP) post-2027, en arrêtant la position du Conseil sur certains éléments clés tout en permettant la poursuite des travaux sur d’autres aspects. Les éléments budgétaires et les autres questions liées au CFP seront traités dans le cadre des négociations globales sur le paquet.

Concernant le règlement relatif aux Plans nationaux et régionaux de partenariat (PRNP), Farm Europe reconnaît les progrès réalisés tout en soulignant que plusieurs questions cruciales restent en suspens. L’approche générale partielle du Conseil maintient la PAC comme un chapitre des futurs Plans nationaux et régionaux de partenariat, plutôt que comme une politique autonome, ce qui soulève d’importantes interrogations quant à la gouvernance et à la visibilité à long terme de la PAC.

Si le Conseil a conservé la liste des mesures de la PAC dans le règlement PRNP, l’approche actuelle ne réintroduit pas de mesure environnementale et de production financée intégralement par le budget de la PAC. Toutes les mesures environnementales demeurent soumises à des exigences de cofinancement. Farm Europe considère qu’une telle mesure entièrement financée par la PAC est nécessaire afin de garantir la crédibilité financière et une mise en œuvre équilibrée de la politique dans l’ensemble des États membres.

Par ailleurs, l’application du principe de « ne pas causer de préjudice important » (« Do No Significant Harm ») à la PAC demeure inadaptée aux réalités de l’agriculture. Cette question devrait être traitée dans le cadre spécifique de la PAC, conformément au principe selon lequel la législation sectorielle doit prévaloir sur les règles horizontales.

En outre, Farm Europe regrette que le Conseil n’ait pas encore mis en place, au sein de la Facilité européenne de gestion des crises, un instrument spécifique de réassurance agricole, malgré les appels répétés des ministres de l’Agriculture, du commissaire Hansen et de nombreux députés européens.

Enfin, la dérogation transitoire prévue pour 2028 reflète la complexité considérable que représentera l’élaboration et l’approbation des nouveaux Plans nationaux et régionaux de partenariat. Elle met en lumière l’incohérence que représente la fusion de différents fonds et de leurs politiques associées, ainsi que la nécessité de disposer de plans PAC distincts. Les discussions sur l’élargissement de l’Union rendent également souhaitable une révision autonome du cadre de la PAC, indépendante de l’évolution d’autres réglementations.

S’agissant du Fonds européen pour la compétitivité (FEC), Farm Europe considère que ce fonds devrait constituer une source essentielle de financement complémentaire à la Politique agricole commune (PAC), afin de soutenir la transition vers des systèmes alimentaires plus efficaces et plus résilients. Pour atteindre cet objectif, les enveloppes dédiées au sein du Fonds doivent être contraignantes, transparentes, prévisibles et réellement accessibles aux secteurs agricoles.

Les précisions introduites par l’approche générale partielle du Conseil afin d’adopter une perspective plus large des systèmes alimentaires sont bienvenues. Bien que ces ajouts représentent une avancée positive, plusieurs éléments essentiels demeurent absents. Comme l’a souligné le rapporteur du Parlement européen, Carlo Fidanza, le Fonds pour la compétitivité devrait être un instrument clé pour financer des projets d’intérêt européen de grande envergure dépassant les capacités des États membres pris individuellement. Ces investissements sont considérés comme indispensables pour renforcer la résilience du système agroalimentaire de l’Union, notamment face à l’intensification des pressions climatiques, économiques et géopolitiques.

Dans un contexte de montée de l’instabilité géopolitique, la sécurité alimentaire doit être reconnue comme une composante stratégique de la résilience économique et de la sécurité globale de l’Europe. Farm Europe appelle donc à la création d’une allocation dédiée au sein du FEC afin de soutenir les capacités stratégiques de stockage des produits agricoles et des intrants critiques, ainsi qu’un soutien ciblé aux infrastructures numériques et hydriques renforçant la résilience du secteur agricole. De tels investissements sont essentiels pour préserver la production agricole, renforcer la résistance aux chocs climatiques et de marché, et maintenir la vitalité des zones rurales européennes.

Farm Europe compte ainsi sur l’Irlande, dans le cadre de sa présidence, pour faire preuve d’un leadership fort et garantir des avancées sur ces priorités clés, avec pour objectif de préserver l’autonomie, la prévisibilité et l’unité de la PAC, tout en renforçant les possibilités de soutien et d’investissement offertes par le FEC.

Le PE donne son feu vert à un renforcement de la position des agriculteurs et à des règles plus claires en matière d’étiquetage alimentaire

Farm Europe et EAT Europe saluent l’adoption par le Parlement européen à Strasbourg de l’accord sur la révision du règlement portant organisation commune des marchés (OCM), à la suite des négociations interinstitutionnelles fructueuses menées par la rapporteure Céline Imart. Ce vote confirme une avancée majeure tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs. Il renforce la position des agriculteurs au sein de la chaîne d’approvisionnement alimentaire grâce à des relations contractuelles renforcées et à de meilleures possibilités d’organisation collective des producteurs. Il établit également des règles plus claires concernant l’utilisation des dénominations liées à la viande, protégeant ainsi les consommateurs contre les pratiques trompeuses et préservant la valeur de la production agricole.

Nous félicitons chaleureusement la députée européenne Céline Imart pour son leadership et sa détermination tout au long de ce processus, ainsi que l’ensemble des membres du Parlement européen qui ont soutenu cette réforme importante. Nous saluons également l’engagement de la Commission européenne, notamment du commissaire Hansen, ainsi que des États membres qui ont contribué à l’obtention de ce résultat.

L’approbation du Parlement envoie un signal clair : les mots comptent, la transparence compte, et les agriculteurs méritent une position plus équitable au sein de la chaîne alimentaire. Les consommateurs doivent pouvoir faire des choix éclairés sur la base d’informations exactes concernant les produits qu’ils achètent, tandis que les producteurs doivent être protégés contre la concurrence déloyale et la confusion sur le marché.

L’accord constitue une réalisation majeure en cohérence avec les objectifs de la campagne « Words Matter », lancée par Farm Europe et EAT Europe en 2024. En reconnaissant la nécessité de renforcer la protection des dénominations liées à la viande et en excluant les produits cellulaires et cultivés en laboratoire de l’utilisation de termes associés à la viande, l’Europe a franchi une étape importante vers davantage de clarté et de cohérence dans l’étiquetage alimentaire.

Dans le même temps, le renforcement des relations contractuelles et des outils d’organisation des producteurs constitue un progrès concret pour remédier au déséquilibre de longue date des rapports de force au sein de la chaîne alimentaire. Ces mesures devraient contribuer à améliorer le pouvoir de négociation des agriculteurs, à accroître la prévisibilité et à créer des conditions de marché plus équitables.

Le vote d’aujourd’hui ne marque pas la fin du parcours. Farm Europe et EAT Europe soulignent que le travail doit se poursuivre dans le cadre du prochain paquet de réforme de la PAC, qui comprend une révision plus large du règlement OCM.

Cette prochaine étape offrira l’occasion de renforcer davantage la position des agriculteurs dans la chaîne alimentaire, d’améliorer la résilience des marchés, de rétablir des règles claires et des allocations financières pour les interventions sectorielles, et de poursuivre les efforts visant à garantir aux consommateurs une information claire et transparente. À cet égard, une attention particulière devrait être accordée au renforcement des normes de commercialisation, à la mise en place de seuils de référence cohérents (anciens prix d’intervention), avec des niveaux actualisés et différenciés adaptés aux réalités économiques et sectorielles, en tant qu’outil essentiel pour mieux orienter la gestion des marchés et la logique d’intervention.

La réforme devrait également renforcer et moderniser le programme européen de distribution de fruits et légumes à l’école, afin d’en améliorer l’efficacité, de mieux cibler l’éducation alimentaire en milieu scolaire et d’accroître son impact sur les habitudes de consommation saines. En outre, elle devrait ouvrir une réflexion sur la mise en place de mécanismes globaux de prévention et de gestion des crises, y compris le développement éventuel de stocks stratégiques afin de répondre plus efficacement aux perturbations des marchés et à l’insécurité alimentaire des populations les plus vulnérables. Ce travail a déjà été engagé par le rapporteur du Parlement européen sur l’OCM, M. Sargiacomo. 

Farm Europe appelle la Commission à reconnaître l’ensemble des biocarburants durables

À la suite de la récente déclaration du Commissaire devant le Parlement européen sur les biocarburants durables, Farm Europe a adressé une lettre au Commissaire Tzitzikóstas afin de rappeler que les biocarburants européens issus de cultures agricoles doivent être pleinement reconnus dans la catégorie des biocarburants durables. Ils ne présentent pas de risque élevé de changement indirect d’affectation des sols (ILUC), n’ont pas contribué à la hausse des prix alimentaires ni au déplacement des terres agricoles, et génèrent d’importants coproduits, notamment des aliments riches en protéines pour l’élevage, des biocarburants avancés et des produits biochimiques. Loin de concurrencer la sécurité alimentaire, leur production contribue activement à la renforcer.

La tendance persistante à l’abandon des terres agricoles dans l’ensemble de l’Union européenne — due à une rentabilité insuffisante des exploitations agricoles — devrait conduire la Commission européenne à renforcer la demande pour les biocarburants européens issus des cultures agricoles. Cela contribuerait à consolider la souveraineté alimentaire, l’autonomie stratégique de l’UE et la résilience économique des zones rurales, tout en ouvrant la voie au développement d’autres filières de la bioéconomie.

Par conséquent, Farm Europe appelle la Commission à respecter le principe de neutralité technologique dans tous les cadres législatifs pertinents — y compris dans le cadre de la révision en cours des normes de CO₂ applicables aux véhicules légers et lourds — et à veiller à ce que tous les carburants renouvelables durables soient dûment reconnus. Les biocarburants européens issus des cultures agricoles constituent un outil de décarbonation immédiatement disponible et abordable, s’appuyant sur les infrastructures existantes et les flottes de véhicules actuelles, générant des revenus pour les agriculteurs européens et contribuant à la souveraineté énergétique de l’Europe.

La lettre soulève également une préoccupation majeure concernant l’intégrité du marché : les importations de biocarburants relevant de l’Annexe IX en provenance de Chine ont été multipliées par sept entre 2017 et 2023, atteignant environ 3 millions de tonnes, soit près de 20 % de la consommation totale de biocarburants dans l’UE. Une part importante de ces importations a été identifiée comme frauduleuse, impliquant l’étiquetage abusif d’huile de palme vierge et de ses dérivés comme huiles de cuisson usagées ou autres matières premières admissibles. Cette fraude, documentée par la Cour des comptes européenne (2016 et 2023) et reconnue dans la propre décision d’exécution de la Commission du 18 juillet 2025, est structurellement encouragée par le mécanisme de double comptabilisation prévu par la directive sur les énergies renouvelables.

Farm Europe avertit que, tant que cette fraude ne sera pas traitée, la disponibilité réelle des biocarburants avancés sera largement surestimée et que les arguments visant à marginaliser les biocarburants européens issus des cultures agricoles reposeront sur une vision déformée du marché.

Plan d’action sur les engrais : urgence de clarifier les ambitions et le soutien concret

Aujourd’hui, la Commission européenne a présenté son très attendu Plan d’action sur les engrais. Farm Europe salue la reconnaissance par la Commission européenne de l’ampleur du défi et de la nécessité d’agir de toute urgence. Toutefois, des éléments pratiques essentiels manquent afin d’envoyer un signal fort aux agriculteurs et à l’industrie, notamment concernant le niveau du soutien d’urgence le plus nécessaire via la réserve de crise, ainsi que des orientations politiques concrètes en amont des révisions du SEQE, en ce qui concerne la trajectoire des quotas gratuits et du MACF appliqués aux engrais.

L’engagement visant à créer des passerelles entre le CRCF et les revenus du SEQE constitue une avancée dans la bonne direction afin de créer un véritable modèle économique pour les réductions d’émissions via des incitations destinées aux agriculteurs, sans que l’agriculture ne soit couverte par le SEQE. Cependant, cet engagement devrait être accompagné de mesures plus fortes à court terme afin de surmonter la crise actuelle.

L’intention de garantir une cohérence politique entre le plan d’action sur les engrais et la future stratégie sur l’élevage constitue également une orientation positive du plan d’action. À cet égard, la volonté de promouvoir le transfert de nutriments des régions d’élevage présentant des excédents structurels vers des régions ayant des besoins en nutriments au sein du marché unique est une avancée positive. La volonté de libérer le potentiel du digestat via une extension du règlement RENURE, de stimuler la production de biométhane, de favoriser les engrais biosourcés et d’ouvrir davantage la voie à l’innovation renforçant la circularité sont également des pas dans la bonne direction.

En termes pratiques, la politique européenne devrait se concentrer sur « l’efficacité », en s’éloignant des réglementations qui découragent la production ou encouragent même les réductions. La possibilité offerte aux États membres de rouvrir leur plan stratégique de la PAC en mettant l’accent sur l’efficacité constitue un signal positif, brouillé toutefois par le mélange entre de nouveaux éco-régimes potentiels et les mesures agro-environnementales, alors qu’il conviendrait au contraire d’encourager la complémentarité entre ces interventions, en clarifiant le périmètre de la révision des plans stratégiques nationaux.

Ces avancées du plan d’action à moyen et long terme doivent être accompagnées de toute urgence par des mesures de soutien à court terme afin d’assurer la continuité des systèmes alimentaires européens face à un choc majeur depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aggravé par le blocage du détroit d’Ormuz. Les agriculteurs européens font face à une situation de plus en plus intenable, déjà visible à travers les pertes de terres agricoles partout en Europe.

Avec des prix des engrais azotés toujours supérieurs de 70 % aux niveaux de 2024 en avril 2026, les agriculteurs européens réduisent déjà les surfaces cultivées et se détournent de certaines cultures, notamment le blé. La réserve agricole d’urgence de la Commission reste indéfinie tant en termes de montant que de critères d’éligibilité. La seule mesure pleinement opérationnelle à court terme — le cadre temporaire d’aides d’État adopté le 29 avril — repose sur les États membres. Cela ne suffit pas. Les agriculteurs doivent savoir dès aujourd’hui sur quel soutien ils pourront compter avant la prochaine saison des semis.