Budget Européen 2028-2034 : un appel du Parlement Européen à la responsabilité et la cohérence

Le parlement européen a adopté ce jour sa position sur les propositions de budget européen pour la période 2028-2034.

Partant du constat que la sécurité alimentaire est une composante vitale de l’autonomie stratégique de l’Union Européenne, que le secteur agricole est particulièrement vulnérable face aux chocs économiques, que la transition de l’économie européenne vers une économie carbone neutre ne pourra se faire sans plus d’agriculture, le parlement européen fait preuve d’une responsabilité politique en s’opposant au traitement de l’agriculture tel qu’envisagé par la commission européenne dans son projet présenté en juillet 2025. 

Il appelle à une véritable cohérence politique entre l’impératif de souveraineté européenne tant alimentaire, énergétique qu’en matière de bioéconomie – qui nécessite une agriculture européenne plus forte- et les défis d’accroissement de la productivité, de hausse des coûts de production, de niveau de vie des agriculteurs européens, de nourriture de qualité et abordable pour tous les européens, de vitalité des zones rurales et de renouvellement des générations et de gestion des crises tant climatiques, économiques que géopolitiques. 

Dans ce contexte, Farm Europe salue la demande du parlement européen d’une PAC forte, autonome et dotée d’un budget maintenu en valeur économique, soit 433 milliards d’euros à dédier à l’agriculture européenne pour la période 2028-234. Seule une politique européenne agricole correctement dotée, véritablement commune et ayant comme priorité l’accroissement durable de la production agricole européenne permettra à l’Europe de demeurer une puissance mondiale de premier ordre, souveraine et maître de son avenir. 

Farm Europe félicite les rapporteurs du parlement européen, notamment MEP Siegfried Muresan, ainsi que les rapporteurs de commissions parlementaires, en particulier MEP Stefano Bonaccini pour la Comagri, pour le travail sérieux et responsable conduit dans l’intérêt de l’Europe et des européens.

Eat Europe et Farm Europe appellent les députés européens à renforcer le mécanisme de sauvegarde pour le riz avant un vote décisif

Eat Europe et Farm Europe appellent les membres du Parlement européen à soutenir des amendements cruciaux à la révision du Système de préférences généralisées (SPG) avant le vote en séance plénière du 28 avril, avertissant que le mécanisme de sauvegarde proposé pour le secteur rizicole de l’UE risque d’être inefficace dans sa forme actuelle.

Bien que la réforme introduise une clause de sauvegarde automatique importante visant à anticiper et gérer les crises de marché, les deux organisations avertissent, dans une lettre adressée à l’ensemble des députés européens, que des seuils d’activation excessivement élevés pourraient fortement limiter son utilité et laisser les producteurs européens de riz exposés à des chocs de marché évitables.

Au cœur des préoccupations figure le seuil d’augmentation de 45 % requis pour déclencher le mécanisme de sauvegarde. Comme déjà souligné à l’issue des négociations en trilogue, Eat Europe et Farm Europe estiment que ce niveau est déconnecté des réalités du marché et empêcherait une intervention en temps utile dans des situations où une action précoce est essentielle pour éviter des dommages structurels au secteur.

« Un mécanisme de sauvegarde automatique doit être opérationnel, et non théorique », déclarent les organisations. « Si les seuils sont fixés trop haut, l’instrument échouera précisément au moment où il est le plus nécessaire. »

Les organisations appellent les législateurs à soutenir une réduction du seuil de déclenchement à 20 %, qu’elles qualifient d’ajustement ciblé, proportionné et techniquement réalisable. Elles soulignent qu’une telle modification ne rouvrirait pas ni ne remettrait en cause l’accord global issu du trilogue, mais garantirait plutôt son efficacité concrète.

Elles mettent également en avant des préoccupations techniques non résolues liées à la méthodologie de calcul, notamment l’utilisation d’un système de référence basé sur une moyenne mobile, qui reste insuffisamment réactif aux fluctuations rapides du marché.

Selon Eat Europe et Farm Europe, l’amélioration du mécanisme de sauvegarde pour le riz établirait également un précédent important pour d’autres secteurs agricoles vulnérables de l’UE, tels que le sucre et l’éthanol, confrontés à une exposition similaire à la volatilité des marchés mondiaux.

« Il ne s’agit pas de rouvrir les négociations », poursuit le communiqué. « Il s’agit de garantir qu’un outil de prévention des crises fonctionne en pratique et assure une protection réelle aux producteurs européens. »

Les organisations appellent donc les membres du Parlement européen à soutenir les amendements proposés, soulignant qu’une absence d’action pourrait exposer le secteur rizicole de l’UE à des dommages économiques graves et potentiellement irréversibles.

La reconnaissance des biocarburants et de la bioénergie par AccelerateEU constitue un progrès, mais un suivi concret est nécessaire

Aujourd’hui, la Commission européenne a publié sa communication sur l’Union de l’énergie AccelerateEU, définissant un plan d’action visant à faire face à la crise des prix de l’énergie, notamment déclenchée par la fermeture du détroit d’Ormuz en raison du conflit en cours en Iran. Farm Europe se félicite de plusieurs éléments clés de cette communication ayant un impact direct sur les agriculteurs européens, les producteurs de bioénergie et de biocarburants, ainsi que sur l’industrie des engrais, tout en appelant la Commission à traduire ces engagements en actions politiques concrètes et durables.

Farm Europe salue en particulier l’engagement de la Commission européenne à cartographier les capacités de raffinage existantes dans l’UE et à travailler sur des mesures visant à accroître la production domestique de biocarburants durables d’ici mai 2026. À un moment où la flambée des prix des carburants affecte fortement les agriculteurs et les chaînes d’approvisionnement agroalimentaires, le renforcement de la production locale de biocarburants durables constitue à la fois une mesure de soulagement à court terme et un investissement stratégique à long terme. La production européenne de biomasse peut et doit jouer un rôle clé dans la réduction de notre dépendance aux combustibles fossiles importés, et cette reconnaissance par la Commission envoie un signal important.

Dans ce contexte, la reconnaissance dans la communication du rôle stratégique crucial du biogaz et du biométhane pour remplacer les combustibles fossiles importés, en particulier dans les secteurs où l’électrification reste difficile, est vivement saluée. Le fait de reconnaître que les projets de biométhane à la ferme et en coopérative peuvent réduire la dépendance aux énergies fossiles tout en générant des revenus supplémentaires pour les agriculteurs et en créant de la valeur locale en milieu rural souligne le caractère gagnant-gagnant des chaînes de valeur de la bioénergie, des agriculteurs aux bioraffineries.

Cependant, les bonnes intentions ne doivent pas rester lettre morte. Pour que le secteur se développe à l’échelle et au rythme nécessaires, l’UE doit répondre à trois exigences : un cadre réglementaire stable et favorable, qui élimine la bureaucratie et les restrictions injustifiées pesant sur l’utilisation des biocarburants issus de cultures ; un environnement d’investissement à long terme offrant aux agriculteurs et à l’industrie la visibilité nécessaire pour s’engager ; et une demande stable et garantie à long terme pour la bioénergie.

Farm Europe souligne également l’engagement de l’exécutif à cartographier les alternatives aux matières premières fossiles utilisées pour les engrais et à promouvoir des solutions circulaires biosourcées. Le couplage de la production de biométhane avec la récupération de nutriments recyclés constitue un exemple emblématique de la manière dont l’agriculture peut contribuer simultanément à la sécurité énergétique et à la réduction des dépendances dangereuses vis-à-vis des engrais importés.

Dans l’ensemble, cette communication représente une avancée réelle et encourageante, traduisant un changement significatif dans l’approche de la Commission quant au rôle des biocarburants et de la bioénergie dans la transition énergétique de l’UE. Trop longtemps, ces secteurs ont été sous-évalués dans la politique énergétique européenne. La communication d’aujourd’hui commence à corriger cette situation. Toutefois, elle doit constituer un point de départ et non une finalité. 

NTG : Farm Europe et Eat Europe saluent l’approbation du Conseil en première lecture et appellent le Parlement européen à clôturer le dossier sans délai

Farm Europe et Eat Europe saluent chaleureusement l’adoption aujourd’hui par le Conseil de son orientation en première lecture sur les nouvelles techniques génomiques (NTG), ouvrant la voie à leur adoption finale par le Parlement.

« Les NTG sont indispensables et les agriculteurs sont prêts à exploiter pleinement leur potentiel. Nous ne pouvons pas nous permettre de nouveaux retards ou reculs, aux conséquences incalculables tant pour la durabilité environnementale et économique que pour la compétitivité des agriculteurs européens sur le marché mondial », a commenté Farm Europe.

L’adoption par le Conseil de sa position formelle envoie un signal important aux agriculteurs et aux consommateurs européens. Elle place désormais une responsabilité claire sur le Parlement européen afin d’avancer rapidement. Sans adoption rapide, les agriculteurs resteront privés des outils nécessaires pour renforcer la résilience, la compétitivité et la durabilité du secteur agricole.

Farm Europe et Eat Europe estiment que le compromis trouvé lors des négociations en trilogue représente une étape cruciale vers la mise en place d’un cadre réglementaire européen clair, équilibré et compétitif. Son adoption rapide est essentielle pour permettre enfin le déploiement concret d’innovations devenues indispensables afin de répondre aux défis posés par le changement climatique, la pression croissante des ravageurs et des maladies, la résilience hydrique, ainsi que la réduction progressive des produits de protection des cultures disponibles.

Cet accord offre une opportunité nécessaire tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs. Il soutiendra la voie vers une intensification durable, permettant à l’agriculture européenne de produire plus et mieux, tout en posant les bases d’une économie résiliente et de plus en plus neutre en carbone, dans laquelle l’agriculture fait partie de la solution. Toutefois, ces bénéfices ne se concrétiseront que si le Parlement européen adopte sa position en deuxième lecture sans délai.

Bien que cet accord soit nécessairement un compromis, il représente néanmoins une lueur au bout du tunnel après des années durant lesquelles les agriculteurs européens ont été contraints par des choix politiques plaçant trop souvent l’idéologie avant la science, laissant les consommateurs dans l’incertitude quant à la nature réelle de leurs options alimentaires. Pour cette raison, Farm Europe et Eat Europe appellent le Parlement européen à assumer ses responsabilités et à garantir une adoption rapide du texte, afin que les agriculteurs puissent enfin accéder aux outils dont ils ont un besoin urgent.

Eat Europe et Farm Europe : « La rigueur scientifique est essentielle dans le débat sur l’alcool et les maladies cardiovasculaires »

Dans le cadre des discussions sur le Plan de l’UE pour la santé cardiovasculaire, et du débat en cours au Parlement européen sur l’initiative non législative (INI) relative aux maladies cardiovasculaires, Eat Europe et Farm Europe ont adressé une lettre à l’ensemble des membres de la commission de la santé publique du Parlement européen, appelant les institutions européennes à traiter la question de la consommation d’alcool avec une approche sérieuse et équilibrée, solidement fondée sur des données scientifiques.

La prévention des maladies cardiovasculaires constitue une priorité de santé publique, tout comme il est essentiel de lutter de manière déterminée contre l’abus d’alcool, l’un des facteurs de risque les plus importants. Les deux organisations soulignent l’importance de distinguer clairement entre abus et consommation modérée, en évitant les simplifications excessives susceptibles de compromettre l’efficacité des politiques proposées.

Parler de manière générale de « consommation d’alcool » peut être trompeur. La littérature scientifique montre que les effets sur la santé dépendent de multiples facteurs, notamment le type de boisson, les modes et le contexte de consommation, ainsi que le mode de vie global. En particulier, le vin n’est pas simplement une solution d’éthanol, mais un phytocomplexe caractérisé par une matrice de composants – notamment des polyphénols, des anthocyanes, du resvératrol et d’autres composés bioactifs – qui peuvent contribuer à moduler ses effets globaux sur l’organisme.

Des études récentes suggèrent également qu’une consommation modérée de vin, dans le cadre d’un régime alimentaire et d’un mode de vie équilibrés, pourrait être associée à des effets bénéfiques sur le système cardiovasculaire. Ces résultats ne devraient pas être écartés comme de simples « idées reçues » ni stigmatisés dans le débat public.

Dans ce contexte, Eat Europe et Farm Europe expriment leur préoccupation face à des approches qui négligent une part significative des données scientifiques au profit de stratégies uniformes et non différenciées. Des politiques fondées uniquement sur des mesures restrictives risquent d’être non seulement inefficaces, mais aussi contre-productives. En particulier, l’hypothèse d’une augmentation généralisée de la fiscalité ne semble pas produire de résultats concrets en matière de santé publique et pourrait au contraire encourager un report vers des produits de moindre qualité.

Dans le même temps, les organisations reconnaissent que les initiatives d’information en cours – y compris les outils d’étiquetage et la communication hors étiquette – contribuent à une meilleure sensibilisation des consommateurs et favorisent des choix plus responsables.

« Dans un domaine aussi sensible, il est essentiel de rester ancré dans les faits plutôt que dans l’idéologie. Distinguer entre consommation modérée et abus est essentiel pour concevoir des politiques à la fois efficaces et crédibles », a déclaré Luigi Scordamaglia, président d’Eat Europe.

« L’Union européenne a l’opportunité d’adopter une approche équilibrée qui reconnaît la complexité scientifique de la question tout en préservant à la fois la santé publique et un secteur agroalimentaire stratégique », a ajouté Yves Madre, président de Farm Europe.

À l’approche du vote sur l’INI prévu début mai, Eat Europe et Farm Europe appellent le Parlement européen à adopter une approche plus équilibrée et fondée sur les données scientifiques — qui distingue les comportements à risque des modes de consommation responsables et reconnaisse la complexité du sujet sans recourir à des narratifs simplistes.

Farm Europe et UCAB lancent un dialogue structuré sur l’avenir de l’agriculture dans une UE élargie

Aujourd’hui, Farm Europe et le Ukrainian Agribusiness Club (UCAB) annoncent le lancement d’un dialogue stratégique ainsi que la signature d’un protocole d’accord formalisant leur coopération, dans le but de définir une trajectoire commune pour l’avenir de l’agriculture européenne et ukrainienne dans le contexte du processus d’élargissement de l’Union européenne. Si cet élargissement offre d’importantes opportunités politiques et géopolitiques, il soulève également des défis structurels majeurs pour les secteurs agricoles de l’UE et de l’Ukraine. Relever ces défis nécessite anticipation, analyse approfondie, renforcement de la compréhension mutuelle et élaboration de solutions convergentes.

Ce dialogue, facilité par Dacian Cioloș, ancien Premier ministre de Roumanie et ancien commissaire européen à l’Agriculture, portera sur la définition d’une trajectoire commune pour l’agriculture et les chaînes de valeur agroalimentaires. Il visera à maximiser les bénéfices de l’intégration pour les deux parties, tout en atténuant les risques potentiels, en élaborant des recommandations conjointes fondées sur une évaluation partagée des défis et des opportunités.

L’initiative se concentrera sur les enjeux stratégiques les plus pressants afin de garantir que l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne renforce la souveraineté alimentaire de l’Europe et consolide le rôle des agriculteurs dans la transition vers une économie climatiquement neutre, notamment à travers le développement de la bioéconomie.

Les principaux axes de travail incluront :

  • la définition d’une trajectoire commune vers la performance économique et environnementale, tant pour les systèmes de cultures que pour les systèmes d’élevage ;
  • la dimension socio-économique de l’agriculture, en particulier dans les zones confrontées à l’exode rural ;
  • les transitions numérique et climatique dans l’agriculture ;
  • ainsi qu’une évaluation de la résilience des systèmes agroalimentaires de l’UE et de l’Ukraine, y compris les enseignements tirés des conditions de guerre.

À travers ce dialogue structuré, Farm Europe et l’UCAB entendent contribuer à une vision prospective, cohérente et équilibrée de l’agriculture dans une Union européenne élargie.

Dacian Cioloș (facilitateur du dialogue)
« L’élargissement de l’Union européenne à l’Ukraine n’est pas seulement une décision géopolitique — c’est une transformation de notre modèle agricole. L’agriculture est une composante majeure de l’autonomie stratégique ; ce chapitre ne peut se limiter à une négociation technocratique et administrative. Il doit pleinement s’inscrire dans un dialogue politique où les parties prenantes débattent et proposent des pistes aux décideurs. Je me félicite donc de cette initiative commune et serai ravi d’en superviser le processus et d’en assurer la facilitation. »

Luc Vernet, Secrétaire général de Farm Europe
« Avec cette initiative, nous voulons aller au-delà des débats de court terme et des postures. Nous contribuerons à une réflexion structurée, fondée sur des faits, sur l’avenir de l’agriculture européenne. L’élargissement doit renforcer — et non affaiblir — notre capacité collective à produire, à innover et à garantir la sécurité alimentaire. Cela exige une approche commune, des priorités claires et la volonté d’investir dans l’agriculture de demain. Je remercie l’UCAB pour son engagement dans ce travail constructif avec Farm Europe. »

Oleh Khomenko, Directeur exécutif, UCAB (Ukrainian Agribusiness Club)
« Le secteur agricole ukrainien a démontré sa résilience dans des circonstances extraordinaires. À mesure que nous nous rapprochons de l’Union européenne, il est essentiel de construire une compréhension commune avec nos partenaires européens des défis que nous partageons pour garantir la compétitivité de nos secteurs et assurer la sécurité alimentaire dont l’Europe et le monde ont besoin. Ce dialogue constitue une étape clé pour veiller à ce que l’intégration crée des opportunités pour les agriculteurs des deux côtés et contribue à un système agroalimentaire européen plus fort et plus résilient. L’agriculture étant essentielle à l’économie ukrainienne et compte tenu de son influence à l’échelle mondiale, cela nécessitera une réflexion stratégique au niveau de l’UE, tant avant qu’après le processus d’élargissement. »

Engrais : mécanisme alternatif de tarification du CO₂ nécessaire pour accompagner les transitions agricoles

En réponse à la crise géopolitique et économique déclenchée par la guerre, la Commission européenne a convoqué en urgence les entreprises du secteur des engrais ainsi que les représentants du secteur agricole afin d’analyser l’impact sur l’agriculture européenne et la production européenne d’engrais. Farm Europe salue cette initiative, qui a mis en évidence la nécessité d’évoluer vers une approche plus intégrée de la chaîne de valeur afin de promouvoir des solutions bas carbone centrées sur les agriculteurs et leur capacité à combiner performance économique et environnementale.

Lors de la réunion, Farm Europe a souligné que la guerre n’a fait qu’exacerber des défis liés aux engrais que les agriculteurs, certains États membres et des députés européens alertent depuis des mois. Ces défis sont structurels et non conjoncturels. Limiter leur explication aux seuls événements au Moyen-Orient reviendrait à faire preuve d’une vision coupablement court-termiste ou d’un refus de s’attaquer aux causes profondes du problème.

Par l’intégration des engrais dans le système d’échange de quotas d’émission (ETS), l’Union européenne a choisi de conduire sa transition verte en augmentant structurellement les prix des engrais pour les agriculteurs européens, parallèlement à une taxe carbone aux frontières destinée à égaliser la tarification du CO₂ entre producteurs européens et importateurs via le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM).

Cependant, un tel cadre fondé sur les coûts, axé sur la verdisation de l’offre plutôt que sur la stimulation de la demande bas carbone, se révèle inefficace : l’Europe perd sa production d’engrais conventionnels (10 millions de tonnes de capacités de production ont été arrêtées ou mises en suspens), sa production agricole avec une réduction de 4 Mha de surfaces céréalières, et, dans le même temps, la transition vers des engrais bas carbone ne se réalise pas dans l’UE, la plupart des projets bas carbone ayant été annulés ou nécessitant des subventions importantes pour survivre.

Alors que la Commission refuse toujours de suspendre le CBAM sur les engrais importés, un véritable changement de paradigme est urgent concernant le modèle de financement de la transition pour la chaîne de valeur engrais-céréales, afin d’établir les conditions d’une chaîne de valeur compétitive, durable et résiliente en Europe.

Pour ce faire, Farm Europe estime que le modèle actuel ETS-CBAM de financement de la transition doit être révisé avant 2030 afin de créer une trajectoire de financement crédible pour la transition agricole vers des chaînes de valeur bas carbone. Le cadre de certification des absorptions de carbone (CRCF) peut être mobilisé pour devenir la pierre angulaire de la décarbonation de la chaîne de valeur, en fournissant de véritables incitations et une tarification équitable du CO₂ tout au long de la chaîne, en combinant les efforts de réduction des émissions liées aux engrais et aux pratiques agricoles, et en permettant aux agriculteurs de vendre leurs crédits carbone sur des marchés régulés.

Aujourd’hui, les systèmes et marchés volontaires de certification carbone ne couvrent pas les coûts de la carbonisation agricole, tandis qu’un alignement avec les niveaux de prix des marchés régulés rendrait les investissements dans les technologies bas carbone viables, à condition que l’UE maintienne une approche technologiquement neutre des engrais bas carbone et privilégie des solutions « Made in EU », compte tenu des risques élevés de contournement liés aux chaînes de valeur vertes mondiales. Dans ce contexte, les obstacles réglementaires aux engrais organiques — y compris le lisier, le digestat issu de la méthanisation et les nutriments organiques transformés — devraient également être levés, et un véritable effet de levier déployé, notamment via le Fonds européen pour la compétitivité, afin de stimuler les investissements.

Soutien à la clause de sauvegarde italienne sur le riz, à étendre à d’autres secteurs agricoles

Dans un contexte de tensions géopolitiques de plus en plus structurelles — de l’invasion de l’Ukraine par la Russie aux conflits au Moyen-Orient — l’Union européenne est appelée à renforcer ses instruments de défense commerciale afin de protéger ses secteurs productifs stratégiques. Dans ce cadre, les mesures de sauvegarde représentent des outils essentiels pour garantir l’équité et la durabilité du commerce mondial.

Eat Europe et Farm Europe saluent et soutiennent l’initiative proposée au Conseil par l’Italie et soutenue par plusieurs pays de l’UE, visant à rendre l’activation des clauses de sauvegarde plus efficace dans le cadre de la révision du règlement SPG. En vue du vote en séance plénière sur l’accord issu du trilogue à la fin de l’année 2025, il est important que les ministres européens de l’Agriculture tirent la sonnette d’alarme. Comme nous l’avons déjà souligné, malgré l’élément positif d’automaticité — crucial pour garantir des réponses rapides aux perturbations des marchés — sans un ajustement des seuils d’activation, ces mécanismes risquent de ne pas produire les effets escomptés.

Pour cette raison, Eat Europe et Farm Europe ont travaillé activement — en collaboration avec des représentants d’agriculteurs d’autres pays producteurs, à commencer par l’Espagne — à proposer une réduction du seuil d’activation à 20 %, afin de rendre la clause plus conforme aux réalités du marché et plus efficace pour protéger les producteurs européens.

Parallèlement, la situation économique actuelle montre que le riz n’est pas le seul secteur nécessitant des outils de protection renforcés. Plusieurs secteurs agricoles européens font actuellement face à des difficultés croissantes.

Dans cette perspective, une proposition a également été avancée pour étendre l’application des clauses de sauvegarde automatiques à d’autres produits sensibles. Parmi ceux-ci, le secteur du sucre constitue un exemple clair : il traverse une phase particulièrement critique en raison de la pratique du perfectionnement actif, aggravée par l’ouverture de nouveaux contingents à droit nul en provenance de pays tiers, notamment dans la zone Mercosur et en Australie.

Cet exemple démontre clairement que les politiques agricoles, commerciales, énergétiques et industrielles sont désormais profondément interconnectées. C’est pourquoi il devient de plus en plus nécessaire d’adopter une approche transversale des politiques européennes. Nous soutenons l’action du gouvernement italien visant à identifier d’autres produits agricoles et agro-industriels qui, s’ils ne sont pas correctement suivis, pourraient déstabiliser la production et les secteurs européens. Il ne s’agit pas de protéger un seul produit, mais de changer la méthode de travail : anticiper les risques, comprendre les interactions entre politiques et protéger de manière cohérente les intérêts stratégiques de l’Union.

Il est désormais essentiel que la demande formulée au Conseil AGRIFISH soit entendue non seulement par les ministres de l’Agriculture, mais aussi par l’ensemble des ministres de l’UE impliqués dans l’élaboration et la mise en œuvre des accords commerciaux européens. Les décisions en matière de commerce international ont des effets directs sur la durabilité économique des chaînes de valeur agricoles et sur la résilience du système productif européen. Les négociations sur la révision du règlement SPG sont déjà à un stade avancé, et la balle est désormais dans le camp du Parlement européen, qui a une réelle opportunité d’introduire des amendements et de corriger les déséquilibres qui subsistent et que nous avons à plusieurs reprises mis en évidence avant l’adoption finale du texte.

L’Europe ne doit pas se refermer sur elle-même, mais elle doit cesser d’être naïve. Produire pour accroître l’autosuffisance n’est pas du protectionnisme ; c’est de la résilience. Cela signifie reconnaître que le système agricole européen est un bien commun stratégique. Le commerce est essentiel, mais il doit venir compléter la production européenne, et non la remplacer par des matières premières produites dans des contextes qui ne respectent pas notre modèle social et environnemental.

Si nous perdons la capacité de produire en Europe, nous perdons aussi notre liberté politique. Dans le contexte géopolitique actuel — instable et en constante évolution — la souveraineté alimentaire européenne ne peut plus être remise en question.

Crise alimentaire : assez d’évaluations, une action immédiate est nécessaire.

Alors que la crise internationale au Moyen-Orient continue de produire des effets concrets et croissants sur les marchés agricoles, les coûts des intrants et les prix alimentaires, Eat Europe et Farm Europe constatent que l’Union européenne semble encore enfermée dans une phase d’analyse et de discussion qui risque d’être non seulement insuffisante, mais aussi préjudiciable.

« À un moment où les entreprises agricoles et l’ensemble de la chaîne agroalimentaire font face à une hausse des coûts et à une incertitude croissante, continuer à repousser les décisions opérationnelles revient à aggraver la situation », a commenté Luigi Scordamaglia, président d’Eat Europe, à l’issue des dernières réunions des mécanismes européens de réponse à la crise alimentaire, qui semblent produire peu d’avancées. « Ce n’est plus le temps des évaluations. La crise est déjà là. »

Même les plus hautes autorités économiques européennes soulignent la gravité de la situation : les effets du choc actuel devraient se déployer progressivement mais profondément, avec des dommages déjà accumulés qui ne pourront pas être résorbés à court terme. Ignorer ou sous-estimer ces signaux constituerait une erreur stratégique.

« L’Union européenne doit changer d’approche : ne pas seulement observer et analyser, mais agir avec rapidité, vision et des outils appropriés. Des mesures immédiates et structurelles sont nécessaires », a déclaré Yves Madre, président de Farm Europe. « Il est essentiel d’activer sans délai des mesures de contingence pour soutenir les entreprises agricoles et agroalimentaires affectées par la hausse des coûts et les tensions sur les marchés, et d’agir immédiatement sur les prix des engrais en les excluant du champ d’application du SEQE, et par conséquent du MACF, tout en définissant une stratégie de décarbonation dédiée aux agriculteurs et à l’industrie des engrais, axée sur la demande, à travers de véritables incitations plutôt que sur la création artificielle d’une offre sans marché. »

Mais cela ne suffit pas.

Dans le même temps, un système européen plus résilient doit être construit — capable de prévenir et de gérer les crises sans en amplifier les effets. Dans cette perspective, il est urgent de lancer des actions concrètes en matière de stockage stratégique des denrées alimentaires afin de renforcer la sécurité alimentaire européenne, comme l’ont déjà proposé Eat Europe et Farm Europe.

Cela nécessite à la fois l’allocation d’un budget dédié d’au moins 20 milliards d’euros au sein du fonds de compétitivité pour des investissements dans le stockage et la logistique du secteur agroalimentaire, ainsi que la définition d’un nouveau cadre de gestion des stocks dans le cadre de l’OCM (Organisation commune de marché), en tant qu’élément du paquet pour une PAC moderne et tournée vers l’avenir, garantissant son efficacité et son orientation réelle vers la gestion des crises.

« Plus de retard : l’inertie a un coût. Continuer à reporter les décisions opérationnelles dans l’attente de nouvelles données ou analyses revient à laisser les entreprises et les citoyens exposés à une crise en évolution rapide. L’inertie institutionnelle risque de transformer une crise maîtrisable en crise structurelle », a conclu Luigi Scordamaglia.

L’Europe dispose des outils, des ressources et de l’expertise pour agir. Ce qui manque aujourd’hui, c’est la rapidité d’action. Il est temps de passer des paroles aux actes.

COMAGRI soutient les conditions d’un avenir rentable et durable 

Farm Europe se félicite chaleureusement de l’adoption aujourd’hui par la commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen (COMAGRI) du rapport de l’eurodéputé Carlo Fidanza intitulé « comment assurer un avenir durable au secteur de l’élevage de l’UE au regard de la nécessité de garantir la sécurité alimentaire, la résilience des agriculteurs et des défis posés par les maladies animales ? ».

Ce vote représente une avancée significative pour la promotion d’un secteur de l’élevage européen résilient, compétitif, durable et diversifié.

Farm Europe souligne en particulier l’appel du rapport à remettre la production au cœur de l’orientation politique, en tenant compte de la diversité de nos modèles et de l’ambition de maintenir la production sur l’ensemble du territoire de l’UE. L’accent mis sur la performance, en optimisant pleinement les bénéfices de l’élevage, ainsi que sur les investissements pour préparer l’avenir, devrait également constituer une orientation politique centrale à refléter dans la prochaine stratégie européenne pour l’élevage.

L’UE doit lever les obstacles économiques et réglementaires afin de relancer l’investissement dans l’élevage, à travers un plan global permettant une modernisation à grande échelle du secteur, la mise en œuvre d’une véritable stratégie de décarbonation, la promotion de l’amélioration génétique, et l’encouragement d’initiatives de qualité répondant aux attentes des consommateurs.

Le déclin de la production et la décapitalisation ne sont pas irréversibles ; au contraire, ces tendances doivent être inversées. Le secteur doit être reconnu pour son rôle dans la fourniture d’une alimentation saine et équilibrée ainsi que pour ses contributions environnementales, notamment la gestion des pâturages, tout en étant soutenu dans la réduction de ses émissions grâce à des investissements ciblés dans la génétique, la nutrition, les infrastructures et l’utilisation des effluents pour la production de biogaz et de biofertilisants.

Nous appelons désormais le Parlement européen à confirmer ce signal positif en séance plénière. Un soutien fort constituera une base essentielle pour la future stratégie sur l’élevage annoncée par la Commission européenne pour juin 2026.