Avenir de la PAC: les pays d’Europe centrale et orientale aux avant-postes

V4 Group PictureFarm Europe a participé et contribué à la réflexion des 65e Rencontres des Chambres de l’Agriculture des pays de Visegrad 4+ (République tchèque, Hongrie, Pologne, Slovénie, Slovaquie, Slovénie et Croatie).

Ces organisations ont adopté une première série de positions communes sur les sujets les plus pressants pour l’avenir de la Politique agricole commune, dessinant des orientations clef pour encourager la durabilité économique et environnementale du secteur agricole européen.

A cette occasion, Yves Madre a souligné:

« La rencontre d’aujourd’hui marque le début d’un travail absolument nécessaire, et arrive à point nommé.

En tant que négociateur pour la Politique agricole commune lors des précédentes réformes, je mesure les défis du travail engagé. A ce titre, je crois que le dialogue que vous avez engagé, en tant que Groupe de Visegrad, est d’une importance capitale pour construire un avenir solide pour une Politique agricole véritablement commune.

Travailler en amont de l’agenda européen, être proactif et non réactif, proposer des évolutions nécessaires et réalisables des politiques européennes et poursuivre sur le chemin permettant de construire un avenir meilleur pour l’ensemble des secteurs agricoles, sur l’ensemble du territoire de l’UE.

Cette stratégie ambitieuse et globale ne peut se construire qu’en travaillant ensemble, sur un projet commun. Dans le contexte actuel d’instabilité politique dans la plupart des pays de l’Union, sans mentionner le Brexit, il est absolument nécessaire pour les acteurs économiques et leurs organisations représentatives d’être mobilisées et de savoir ce qu’elles veulent pour l’avenir, de définir non seulement une stratégie, mais aussi de proposer des outils concrets.

C’est l’ambition de Farm Europe, et je tiens à remercier l’AKCR pour son invitation aujourd’hui, et sa mobilisation, son implication en tant que partenaire actif.

Une priorité est que les Etats membres d’Europe Centrale et Orientale soient des acteurs pleinement engagés dans le pilotage de l’avenir de la PAC.

Comme souligné à juste titre dans la Déclaration de Bratislava signé le mois dernier, la stratégie à développer s’appuie sur 3 piliers : l’Investissement, la Durabilité et la Résilience.

Aujourd’hui, le défi n’est pas seulement d’être en mesure de développer cette vision, la stratégie et l’architecture d’une PAC rénovée et plus efficace avant le début des négociations des prochaines perspectives financières, donc avant 2018. Mais il est, aussi, de définir et sélectionner les bons outils nécessaires pour que cette stratégie fonctionne efficacement.

Investissements: c’est le défi d’une digitalisation et du développement de l’agriculture de précision, non pas dans 20 ou 30 ans, mais à très court terme. Des investissements compétitifs devraient être définis secteur par secteur, tenant compte à la fois des bénéfices économiques et environnementaux pour la société.

Durabilité: construire dans ce domaine, en passant d’une PAC tatillonne et prescriptive pour aller vers une PAC tournée vers les résultats, en définissant les attentes à l’égard des agriculteurs et en leur donnant la liberté de choix dans les actions pour atteindre les objectifs, définissant des objectifs clairs et mesurables.

Résilience: les paiements directs restent un socle vital. Ils sont légitimes, et doivent être justes. Dans ce domaine, la dimension économique doit être au coeur des actions et outils européens. Il est important de construire sur ce socle, en définissant des outils efficaces pour gérer les risques climatiques et la volatilité des marchés, et en renforçant la position de l’agriculture au sein de la chaine alimentaire, qui est aujourd’hui très déséquilibrée.

Ces points sont en partie couverts par les négociations en cours sur l’Omnibus Financiers, grâce à l’approche juste et efficace proposée par le Parlement européen, que Farm Europe soutient pleinement.

En un mot, l’objectif est aujourd’hui de sortir d’une approche politique européenne tournée seulement sur la « conservation » pour aller vers une politique à même de promouvoir des approches d’entrepreneurs responsables, où les agriculteurs sont au centre du processus, et notamment à travers la PAC, où la durabilité doit être renforcée à la fois à travers une meilleure compétitivité et profitabilité des exploitations.

La PAC devrait être ce qu’elle est depuis l’origine: une politique européenne qui promeut l’investissement. Les investissements de l’UE dans son économie, la croissance, l’emploi et les investissements de durabilité. La PAC devrait reprendre à son compte le concept de double durabilité économique et environnementale, considérant les agriculteurs en tant qu’entrepreneurs, tout en n’oubliant pas la dimension sociale et territoriale fondamentale de l’agriculture.

C’est notre responsabilité commune de construire une PAC rénovée, de proposer une vision d’avenir et de mettre sur la table des outils concrets pour la mettre en oeuvre dans la pratique. Et, bien sûr, de convaincre les décideurs d’agir dans cette optique.

Pour cela, nous devons agir dès maintenant. 2018, c’est demain! Et le Conseil doit rapidement définir les grandes orientations pour la prochaine PAC quelque soit la date exacte à laquelle celle-ci sera réformée et mise en oeuvre (2020/2022).

Dans ce domaine, notre travail en commun à l’échelle UE va s’inspirer des réflexions de ces deux jours de travail. Il constitue un point de départ clair et solide pour avancer dans cet agenda de progrès pour l’agriculture. »

Les eurodéputés proposent une PAC plus efficace dès 2018

Face à des ministres de l’agriculture timorés, les députés européens ont pris la mesure de leurs responsabilités et décidé d’appuyer sur l’accélérateur de “l’Omnibus” en proposant des ajustements de bon sens pour la Politique agricole commune. L’approche suggérée par le rapport de la commission de l’Agriculture du Parlement  permettrait de donner aux agriculteurs, dès 2018, les moyens d’être plus résilients face aux crises et plus forts au sein de la chaine alimentaire.

Sans attendre une réforme de la PAC à l’agenda  incertain, la ligne proposée par le rapport, adopté le 5 mai par la commission de l’agriculture, permettrait d’achever et de simplifier la réforme de 2013 sur deux volets clefs : les outils de gestion des risques et le droit de la concurrence. Les amendements, négociés principalement par trois acteurs clefs de la réforme de 2013 – Albert Dess (Allemagne), de Paolo de Castro (Italie) et de Michel Dantin (France) – prévoient les améliorations suivantes:

– Faciliter la reconnaissance des Organisations de Producteurs par les Etats membres ; renforcer leurs prérogatives matière de transformation, vente, transport ou conditionnement ; permettre à ces organisations de gérer les volumes en leur sein, ainsi que la mise en marché et la négociation de contrats et leurs conditions au nom de leurs adhérents: telles sont quelques-unes des initiatives qu’ils demandent sur le volet « chaine alimentaire ».

– De plus, il est proposé de renforcer de façon conséquente le volet « gestion des risques » de la PAC par l’abaissement du seuil de déclenchement des assurances récoltes ou climatiques à 20%. Mais aussi d’améliorer les outils de stabilisation des revenus. Ceux-ci doivent devenir sectoriels, se déclencher sans délai à partir de 20% de pertes, et pouvoir être soutenus par la PAC lors de l’abondement par les agriculteurs et/ou l’ensemble des acteurs des filières, et non pas uniquement lors de leur déclenchement en cas de crise.

Ces propositions permettent d’enrichir la palette des outils de la PAC, tout en laissant la liberté de choix aux Etats membres et aux agriculteurs. Il est désormais nécessaire qu’elles soient validées par le Parlement européen dans son ensemble, puis reprises largement lors des négociations de trilogue entre les co-législateurs et la Commission.