Global Food Forum : il n’y a pas de temps à perdre pour investir dans l’avenir de l’agriculture

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Aujourd’hui, Farm Europe ouvrira la 9e édition du Global Food Forum, qui réunira près de 200 agriculteurs et leurs partenaires tout au long de la chaîne de valeur, en présence de Mme Annie Genevard, M. Francesco Lollobrigida et M. Stefan Krajewski, respectivement ministres français, italien et polonais de l’Agriculture, avant d’accueillir les membres du Parlement européen : M. Carlo Fidanza, Mme Cristina Maestre, Mme Carmen Crespo, M. Stefano Bonaccini, M. Benoît Cassart, M. Herbert Dorfmann et M. Dario Nardella. Le Forum accueillera également M. Christophe Hansen, commissaire à l’agriculture, le 3 mars.

Farm Europe lancera un appel aux décideurs de l’UE : l’agriculture est au cœur de l’autonomie stratégique de l’Union européenne, investir dans son avenir ne peut être facultatif. Ce sera l’occasion pour les participants de travailler ensemble à l’élaboration d’une stratégie d’investissement européenne afin de préparer l’avenir de l’agriculture de l’UE.

Il est essentiel de garantir un soutien au revenu, mais cela ne suffit pas. L’UE doit donc veiller à ce que la politique agricole commune (PAC) et son budget soient consacrés à une véritable souveraineté agricole commune, et non à 27 stratégies agricoles nationales qui se feraient concurrence sur le marché intérieur et compromettraient la capacité de l’Union à exercer son influence au niveau mondial. La PAC doit rester une politique forte et ne pas être réduite à un ensemble disparate de programmes inefficaces.

Au-delà du budget réservé proposé par la Commission européenne (300 milliards d’euros), les 120 milliards d’euros manquants doivent être trouvés et garantis, tant au sein de la PAC qu’au-delà, afin de préparer l’avenir de l’agriculture de l’UE.

Par conséquent, tout en permettant aux États membres d’adapter la boîte à outils de la PAC aux conditions locales, les dirigeants de l’UE devraient s’accorder sur un nombre limité mais stratégique de priorités au niveau de l’Union européenne, afin de relever collectivement les défis auxquels sont confrontés tous les agriculteurs de l’UE et de construire l’agriculture de demain, prête à relever les défis suivants :

  • la confrontation stratégique, grâce à des systèmes alimentaires résilients capables de faire face aux crises géopolitiques, climatiques et économiques ;
  • l’adaptation des systèmes agricoles, grâce à des investissements visant à garantir l’accès à l’eau, à optimiser les circuits de production grâce aux technologies numériques, à mobiliser le potentiel de l’innovation génétique, à investir dans les infrastructures d’élevage et à renforcer les outils de gestion des risques ;
  • la croissance agricole, afin de relever les défis de la décarbonisation et de l’autonomie stratégique des secteurs de la bioéconomie qui développent de nouveaux marchés. Le carbone agricole circulaire et biogénique est l’une des molécules stratégiques nécessaires pour permettre la neutralité carbone des transports, des produits chimiques, des plastiques et d’autres bioproduits.

Un soutien sans précédent aux investissements agricoles, tant au niveau des exploitations qu’au niveau local, est essentiel pour relever ces défis. Il permettra d’accroître la productivité et, par conséquent, de renforcer la résilience, le rôle géopolitique et la présence de l’UE sur les marchés mondiaux, l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, ainsi que la croissance durable de la production. Cela devrait aller de pair avec un cadre de performance autonome pour la PAC, garantissant une approche commune claire tout en tenant compte des spécificités du secteur agricole de l’UE.

CONTEXTE

Eau
L’agriculture est confrontée au défi de l’adaptation au changement climatique. Tous les territoires de l’UE sont désormais confrontés à des chocs climatiques – pénurie ou excès d’eau, modification des saisons et augmentation des phénomènes extrêmes – qui sont devenus la norme. Cette nouvelle réalité exige des agriculteurs qu’ils fassent preuve de plus de souplesse et de réactivité, qu’ils mettent en œuvre des changements systémiques et qu’ils réalisent des investissements importants pour anticiper et gérer les nouveaux cycles. Une stratégie d’adaptation globale au niveau de l’Union européenne devrait être lancée, mobilisant des mesures d’investissement au sein et au-delà de la PAC.

Numérisation
La révolution numérique est en train de remodeler tous les niveaux d’action dans l’agriculture et au sein de la PAC. Elle offre l’occasion de jeter les bases d’une agriculture doublement performante, sur le plan économique et environnemental, quelle que soit la taille des exploitations. Elle offre également l’occasion de mettre en place une PAC fondée sur un cadre solide d’indicateurs de performance. Afin de garantir à tous les agriculteurs un accès et des chances égales, l’UE devrait lancer un plan d’investissement dans les infrastructures agricoles numériques sur tous les territoires et assurer l’interopérabilité des outils, afin de favoriser l’innovation et de libérer tout le potentiel des technologies numériques.

Les engrais et la stratégie de décarbonisation de l’agriculture
Les engrais constituent un point de contact essentiel entre le Pacte vert et l’agriculture grâce à leur inclusion dans le SEQE, qui, dans la pratique, intègre la production arable dans le mécanisme. Si la Commission européenne a intégré les produits en aval dans le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) afin d’éviter les fuites de carbone, elle n’est pas en mesure de le faire pour les cultures arables. Les producteurs arables se trouvent dans une situation intenable, confrontés à une perte de compétitivité sans mécanisme de financement de la transition agricole. L’Union européenne doit donc revoir sa stratégie de décarbonisation pour les engrais. Plutôt que de décourager la production d’engrais dans l’UE, la Commission européenne devrait soutenir l’émergence d’un modèle économique viable pour les agriculteurs utilisant des engrais à faible teneur en carbone, leur permettant de générer des crédits carbone grâce à la réduction des émissions agricoles et de les vendre sur des marchés réglementés, sans intégrer l’agriculture dans le SEQE. L’UE peut encourager la valorisation des crédits carbone agricoles, préservant ainsi la souveraineté alimentaire tout en accélérant la décarbonisation et en améliorant l’accès à des crédits carbone de haute qualité pour les entreprises réglementées par le SCEQE.

Élevage
Le secteur de l’élevage est confronté à une érosion sans précédent de sa production, parallèlement à une augmentation des importations. Il se trouve au cœur d’un paradoxe sociétal : il est appelé à réduire ses émissions, tout en bloquant la construction de nouvelles infrastructures plus efficaces. L’UE doit donc supprimer les obstacles économiques et réglementaires qui freinent les investissements, grâce à un plan permettant une modernisation à grande échelle du secteur, le déploiement d’une véritable stratégie de décarbonisation, l’amélioration et la promotion génétiques, et le soutien à des initiatives de qualité qui répondent aux attentes des consommateurs. Le déclin de la production et la décapitalisation ne sont pas inévitables ; la tendance doit être inversée. Le secteur devrait être reconnu pour sa contribution à une alimentation saine et équilibrée et pour ses avantages environnementaux en matière de gestion des pâturages, et être soutenu dans la réduction des émissions grâce à des investissements dans la génétique, la nutrition, les bâtiments et l’utilisation des effluents pour la production de biogaz et de biofertilisants.

Bioéconomie
L’agriculture et ses chaînes de valeur constituent un levier essentiel pour la décarbonisation et la réalisation de l’ambition d’une économie neutre en carbone, grâce à leur capacité à soutenir des cycles neutres du carbone biogénique par le biais de la photosynthèse. Dans l’ensemble, la production agricole de l’UE doit augmenter de 25 % pour relever ce défi. Pour permettre l’émergence de secteurs bioéconomiques, l’Union européenne devrait s’appuyer sur les chaînes de valeur existantes afin de renforcer la capacité d’investissement et de promouvoir les synergies entre l’alimentation humaine et animale, la bioénergie, la biochimie, les bioplastiques et les biomatériaux. Cela devrait être soutenu par des mandats clairs similaires à ceux établis pour les biocarburants, qui devraient être portés à au moins 10 %, accélérant ainsi le déploiement d’autres produits biosourcés.

Gestion des risques et des crises
La solidarité européenne est le moyen le plus efficace de gérer les risques et les crises agricoles, et elle coûte cinq fois moins cher que si chaque pays agissait seul. Si les États membres agissaient individuellement, il faudrait pas moins de 10 milliards d’euros pour couvrir un risque qui ne nécessite que 2 milliards d’euros au niveau européen. La réserve de crise renforcée par la Commission européenne est donc un pas dans la bonne direction. Elle devrait être complétée par des mécanismes de déclenchement plus clairs, adaptés aux différents types de risques, et par une répartition claire des responsabilités entre l’exploitation agricole, l’État membre et l’Union européenne, afin de mettre en place un système prévisible et efficace qui protège les investissements et garantit la continuité de la production.