Objection sur le soja : la politique européenne en matière de biocarburants doit reposer sur des critères de durabilité fondés sur les faits et adaptés aux réalités régionales
Le Parlement européen a adopté aujourd’hui, par 388 voix pour, 248 contre et 24 abstentions, l’objection à l’acte délégué qui aurait classé le soja parmi les matières premières présentant un risque élevé de changement indirect dans l’affectation des sols (ILUC) et supprimé progressivement sa contribution aux objectifs européens en matière d’énergies renouvelables d’ici à 2030.
Farm Europe salue ce vote, qui ne doit pas être interprété comme un recul de l’engagement de l’Union dans la lutte contre la déforestation, mais comme une opportunité d’améliorer l’approche européenne en matière de biocarburants. Le Parlement a rejeté aujourd’hui une méthodologie qui aurait appliqué un principe général d’exclusion au soja, sans différencier le niveau réel de risque selon les diverses situations régionales et sans reconnaître la contribution importante du soja cultivé dans l’Union européenne aux enjeux de souveraineté alimentaire et protéique de l’Union.
Farm Europe soutient pleinement la suppression progressive des matières premières fortement liées à la déforestation, en particulier l’huile de palme. Toutefois, en Europe, le soja est une culture à usages multiples, dont l’ensemble des débouchés est essentiel à sa viabilité économique. Au sein des bioraffineries européennes, la complémentarité entre les biocarburants, l’alimentation humaine et l’alimentation animale doit être pleinement reconnue, en particulier dans le contexte de la stratégie européenne sur les protéines présentée par la Commission européenne le 7 juillet. Exclure le soja du marché des biocarburants aurait davantage fragilisé le modèle économique de sa production dans l’Union, précisément au moment où celle-ci cherche à renforcer, et non à affaiblir, son autonomie protéique et sa résilience stratégique.
Farm Europe appelle désormais la Commission européenne à présenter rapidement un acte délégué révisé qui maintienne la suppression progressive des matières premières pour lesquelles une expansion significative vers des terres à fort stock de carbone est constatée, tout en introduisant une évaluation robuste, fondée sur la science et différenciée selon l’origine des productions. Étant donné que le soja est couvert par le règlement européen sur la déforestation (EUDR), le système de classification des pays prévu par ce règlement constitue une base immédiatement opérationnelle : le soja provenant de pays classés à faible risque de déforestation — y compris le soja cultivé dans l’Union européenne dans le respect des normes européennes exigeantes en matière d’environnement, de climat et de biodiversité, et contribuant à la diversification des rotations ainsi qu’à la fertilité des sols — devrait rester éligible au titre des exigences de durabilité de la directive sur les énergies renouvelables (RED).
Farm Europe réitère également son appel à la création d’une catégorie de « Biocarburants durables », garantis sans déforestation et conformes à la politique agricole commune (PAC), afin de reconnaître les spécificités des biocarburants issus de cultures destinées à l’alimentation humaine et animale qui respectent les exigences de durabilité prévues par la PAC, en particulier les règles de conditionnalité.