La présidence irlandaise doit mettre un terme à la fragmentation du paysage politique et réglementaire auquel sont confrontés les agriculteurs européens
Aujourd’hui, l’Irlande prend la présidence du Conseil de l’Union européenne pour la période allant jusqu’au 31 décembre 2026. Sous le slogan « Strength with Unity » (La force dans l’unité), la présidence irlandaise s’engage à renforcer la compétitivité européenne, à défendre les valeurs européennes et à consolider la sécurité de l’Europe.
Tout en saluant l’engagement de la présidence en faveur d’une politique agricole commune (PAC) commune, stable et équitable, Farm Europe appelle la présidence irlandaise à faire preuve du leadership politique nécessaire pour traduire ces ambitions en décisions concrètes et éviter une fragmentation ainsi que des incohérences entre les différentes politiques et les différents chantiers réglementaires.
Cadre financier pluriannuel
La présidence irlandaise s’engage à travailler activement afin de faire progresser un accord entre les États membres sur le cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2028-2034, qui jettera les bases financières des politiques et des priorités de l’Union pour la prochaine décennie.
Les discussions sur le cadre global seront menées au sein du Conseil des affaires générales, tandis que les volets sectoriels, notamment les Plans nationaux et régionaux de partenariat (PNRP) et le Fonds européen pour la compétitivité (FEC), seront examinés dans les formations compétentes du Conseil.
La présidence entend transmettre au président du Conseil européen une « negotiating box » suffisamment avancée afin de permettre aux dirigeants européens de prendre, avant la fin de l’année 2026, les décisions nécessaires concernant le futur financement de l’Union.
Politique agricole commune (PAC) après 2027
La présidence irlandaise souhaite accorder une importance particulière à la sécurité alimentaire, à la compétitivité, à la simplification, à la durabilité et au renouvellement des générations en tant que priorités clés pour façonner la PAC après 2027.
Les travaux sur le futur cadre de la PAC constitueront l’une des principales priorités de la présidence. À cet égard, Farm Europe rappelle que l’agriculture européenne a besoin d’une PAC structurellement solide, véritablement commune et stratégiquement cohérente. Une telle politique doit permettre simultanément de garantir la souveraineté agricole et les progrès environnementaux, de préserver des structures agricoles viables tout en favorisant le renouvellement des générations, et d’offrir aux agriculteurs européens la visibilité ainsi que les outils d’investissement dont ils ont besoin pour l’avenir.
Une PAC dépourvue de conditions véritablement communes et de références claires risquerait de compromettre sa propre cohérence ainsi que le bon fonctionnement du marché intérieur. Un taux de cofinancement clairement défini devrait donc constituer la règle plutôt que l’exception. La conditionnalité agricole devrait servir de socle commun aux exigences européennes, plutôt que de conduire à une gestion environnementale des exploitations à plusieurs vitesses créant 27 systèmes de conditionnalité ou davantage. Par ailleurs, une mesure environnementale et orientée vers la production, entièrement financée par l’Union européenne, est indispensable afin de garantir la crédibilité financière de la politique ainsi qu’une mise en œuvre équilibrée dans l’ensemble des États membres.
Le rôle de l’élevage dans l’agriculture européenne
Alors que la Commission européenne présentera sa stratégie sur l’élevage dans les premiers jours de la présidence irlandaise, Dublin souhaite souligner l’importance de la production animale en tenant compte de la diversité des systèmes de production et des conditions régionales au sein de l’Union. La présidence orientera les discussions au sein du Conseil afin d’examiner comment l’élevage peut contribuer davantage aux objectifs économiques et sociaux tout en répondant aux défis environnementaux et climatiques.
En matière de bien-être animal, la présidence irlandaise insistera sur le fait que les règles doivent être solidement fondées sur des preuves scientifiques et techniques, tout en s’appuyant sur l’expérience et les meilleures pratiques des États membres.
S’agissant plus particulièrement du dossier relatif au transport des animaux, cinq réunions sont prévues sur ce sujet, contre trois sous la présidence chypriote. Le rythme des négociations devrait ainsi s’accélérer à partir du mois de juillet. L’objectif immédiat de la présidence est d’achever l’examen du chapitre I, d’identifier les articles et annexes dont le texte est finalisé et d’organiser des réunions bilatérales afin de faciliter la poursuite des négociations.
Politique environnementale, climatique et de l’eau
La présidence irlandaise réaffirme son engagement en faveur de l’ambitieuse stratégie de l’Union européenne visant à lutter contre le changement climatique et à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. En 2026, la Commission présentera plusieurs propositions législatives et initiatives relatives à la législation climatique, sur lesquelles la présidence mènera les travaux.
Les principales priorités annoncées dans son programme sont l’avancement de la révision de la directive ETS1, la révision du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF/CBAM), ainsi que l’adoption et la finalisation de garanties renforcées pour les systèmes ETS1 et ETS2. La présidence lancera également les discussions sur le paquet de mise en œuvre de l’objectif européen de réduction des émissions à l’horizon 2040.
Farm Europe souligne que la révision du CBAM ainsi que l’élargissement de son champ d’application auront des conséquences directes sur les intrants agricoles, en particulier les engrais. Une évaluation approfondie de leurs effets sur la compétitivité des agriculteurs européens sera donc nécessaire, ainsi qu’une révision urgente de l’approche ETS-CBAM appliquée aux engrais, afin de mieux tenir compte des spécificités de l’agriculture ainsi que de son potentiel de contribution et des défis auxquels elle est confrontée dans le cadre de la transition climatique.
La présidence souhaite également soutenir le développement de cadres à forte intégrité destinés à encourager les investissements privés dans les absorptions de carbone et la restauration de la nature. Afin de combler le déficit de financement de la biodiversité, elle entend faire progresser le débat sur les crédits biodiversité ainsi que sur les principes d’intégrité écologique, d’additionnalité, de garanties sociales et de permanence, afin d’éviter toute forme de greenwashing. Cet aspect revêt une importance particulière pour les agriculteurs compte tenu de ses liens avec le carbon farming et le cadre CRCF.
La présidence irlandaise travaillera également au renforcement de la résilience des ressources en eau douce dans toute l’Union européenne, en soutenant la mise en œuvre de la Stratégie européenne pour la résilience de l’eau. Les principaux axes porteront sur les trois objectifs de cette stratégie : restaurer et protéger le cycle naturel de l’eau, développer une économie plus efficiente dans l’utilisation de l’eau et renforcer la sécurité de l’approvisionnement.
Dans le cadre de cette approche globale, la présidence favorisera une meilleure intégration des politiques relatives à la biodiversité, au climat et à l’eau afin d’accroître les bénéfices transversaux et de renforcer la résilience de l’Union, tout en reconnaissant la nécessité d’une gestion et d’une protection durables et équitables des ressources marines et en eau douce.
La présidence préparera également les conclusions du Conseil en amont de la Conférence des Nations unies sur l’eau. Cette conférence s’appuiera sur dix années de travaux consacrés à la mise en œuvre de l’Objectif de développement durable n° 6 relatif à l’eau propre et à l’assainissement, et visera à accélérer l’obtention de résultats concrets durant les dernières années de l’Agenda 2030.
Bioéconomie, énergie et politique des transports
Au sein du Conseil « Agriculture », la présidence irlandaise ouvrira les discussions sur la stratégie européenne pour la bioéconomie, en mettant en avant son potentiel pour soutenir la diversification, créer de la valeur ajoutée dans les productions primaires et contribuer aux objectifs climatiques et environnementaux. La présidence accueillera en octobre 2026 le Sommet mondial sur la bioéconomie, qui offrira l’occasion de mettre en valeur les progrès et les initiatives européennes sur la scène internationale et de renforcer les partenariats internationaux en faveur d’une bioéconomie durable. La future législation sur l’économie circulaire s’appuiera sur le deuxième Plan d’action pour l’économie circulaire et élargira les mesures destinées à accélérer la transition de l’Union vers une économie circulaire, sobre en déchets et neutre pour le climat.
Ces dernières années, les marchés européens de l’énergie ont démontré à plusieurs reprises leur forte dépendance à des facteurs extérieurs, dont les citoyens européens ont payé le prix. La présidence irlandaise souhaite concentrer ses efforts en priorité sur l’électrification, tout en considérant que seule une accélération constante du déploiement des énergies renouvelables et des énergies propres produites en Europe, soutenue par des réseaux électriques robustes et une ambition commune d’électrification, permettra aux États membres, aux entreprises et aux citoyens européens d’assurer leur véritable sécurité énergétique. Une attention accrue aux solutions fondées sur l’agriculture serait bienvenue.
Dans le cadre de l’initiative AccelerateEU, du Plan d’action pour l’électrification et conformément à la feuille de route « One Europe, One Market », la présidence fera progresser le programme énergétique de l’Union avec pour objectif de faire aboutir le paquet législatif sur les réseaux électriques européens et de poursuivre les travaux sur la proposition relative à la fiscalité de l’énergie.
Par l’intermédiaire du Conseil « Transports, Télécommunications et Énergie » (TTE), la présidence accordera la priorité aux discussions sur les véhicules propres pour les entreprises. Elle poursuivra également les travaux sur les propositions relatives aux normes d’émissions de CO₂ applicables aux voitures particulières et aux véhicules utilitaires légers ainsi que sur la révision du système d’échange de quotas d’émission pour les secteurs de l’aviation et du transport maritime, qui seront examinées au sein du Conseil « Environnement ». La présidence défendra la position de l’Union européenne auprès de l’Organisation maritime internationale (OMI) afin de favoriser l’adoption et la mise en œuvre du cadre « Net Zero » de l’OMI.
Farm Europe estime que la présidence irlandaise dispose d’une véritable opportunité de façonner l’avenir de l’agriculture européenne en rétablissant une politique véritablement commune et ambitieuse et en surmontant les faiblesses structurelles de la proposition initiale de la Commission européenne concernant la PAC.