L’Europe a besoin de toute urgence d’un plan paneuropéen pour l’eau en agriculture
La carte des impacts climatiques de 2026 sur les systèmes agricoles de l’UE se superpose quasi intégralement avec les tendances à long terme observées ces dernières années. 2026 est une année de tous les excès du climat – excès d’eau, températures extrêmes, sécheresse touchant 70% des terres agricoles dans la même année. L’Union européenne n’est pas prise par surprise par cette nouvelle réalité, mais elle est prise dans un état d’impréparation le plus total du fait du manque d’investissement et d’anticipation de ces phénomènes sur ses systèmes agricoles mis sous très forte tension.
C’est le principal constat mis en lumière par le second volet de l’étude intitulée : « Une crise de l’eau en agriculture qui appel un plan européen pour résoudre le puzzle des défis régionaux », présentée le 8 septembre, au Parlement européen, lors d’un évènement organisé sous le patronage de Mme Maria Carmen Crespo, membre de la commission agriculture du Parlement Européen.
A cette occasion, aux côtés de Mme Letizia Moratti, membre de la commission environnement du Parlement européen, Mme Gaëlle Marion, Chef d’Unité «Environmental sustainability » à la Commission européenne, Mme Céline Duroc, Directrice de l’AGPM et de la CEPM, de M Adriano Battilani, Secrétaire Général d’Irrigants d’Europe, de Mme Claudia Albani, représentante de la Coldiretti et de M José Maria Castilla, Directeur Europe d’ASAJA, Luc Vernet, secrétaire général de Farm Europe l’a souligné : « Les agriculteurs ne peuvent pas faire face, seules, au défi de l’eau. Ils attendent un signal fort de la part des dirigeants européens, et notamment de la Présidente de la Commission européenne lors de son discours sur l’État de l’Union quant aux mesures envisagées à la fois à court terme et à long terme pour soutenir l’agriculture. 80% des pertes agricoles des dernières années sont dues aux aléas climatiques. La gestion de l’eau en agriculture est le premier levier de gestion des risques, largement sous investis ces dernières années. Elle ne concerne pas seulement les agriculteurs : les sols agricoles sont au cœur des cycles naturels. Ils sont la plus grande infrastructure hydrique de l’UE. De leur bonne santé dépend non seulement notre alimentation, mais aussi notre capacité à réguler les températures, limiter les inondations, recharger les nappes, stocker le carbone. Sécuriser l’approvisionnement en eau des agriculteurs n’est pas une demande corporatiste, c’est un enjeu de société et de sécurisation des cycles de l’eau ».
Dans ce cadre, Farm Europe appelle la Commission européenne à construire une stratégie de l’eau main dans la main avec le monde agricole afin de croiser l’expertise climatique et agronomique pour construire des solutions pertinentes et adaptées aux enjeux de chaque territoire. Le second volet de l’étude, qui sera suivi d’un travail orienté sur les solutions, croise trois niveaux d’analyse : l’analyse des systèmes agricoles, l’analyse de sensibilité des écosystèmes agricoles aux besoins en eau, et les ressources hydro-climatiques, tenant compte de leur évolution en cours. Cette analyse permet de construire des indicateurs, fondamentaux pour construire l’avenir.
Il apparaît qu’aucune région n’est désormais à l’écart du défi de l’eau : l’ensemble de l’Union européenne est concerné. Mais il n’y a pas un défi ni une solution unique : une coopération européenne est nécessaire pour définir une trajectoire d’adaptation orientée sur la capacité à produire dans un contexte de disponibilité en eau sous tension.
Les leviers d’adaptation existent : carbon farming, agriculture de précision ; investissement dans des infrastructures de stockage, d’irrigation, de réutilisation de l’eau, ou de désalinisation ; travail pour réduire la sensibilité des systèmes agricoles à travers l’adaptation génétique des cultures (NGTs notamment) et l’adaptation des rotations lorsque cela est nécessaire.
Pour y parvenir, des outils de financements à court, moyen et long terme doivent être dégagés, l’investissement dans la disponibilité de l’eau pour l’agriculture devant être traités comme des investissements stratégiques au sein du budget européen actuel et futur, y compris le fonds de compétitivité et la Politique agricole commune.
« Le retard pris ces 20 dernières années impose à l’Union européenne de gérer à la fois l’urgence avec des mesures de court terme pour assurer la continuité de la production, et préparer l’avenir pour sortir d’une situation de crise permanente,» conclut Luc Vernet. « Ceci appelle à remettre l’agriculture au cœur du projet européen en tant que projet stratégique et bénéfique pour l’ensemble de la société européenne ».
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